(LA)HORDE

(LA)HORDE au Théâtre Maisonneuve | Ultra-moderne frénésie

La troupe de danse (LA)HORDE investit le Théâtre Maisonneuve du 27 février au 7 mars 2026. Venant de France, et plus précisément du Ballet National de Marseille, iels ont accédé à une renommée inédite dans la danse contemporaine, grâce notamment à leur présence dans des clips de musique (dont le dernier en date, de la chanteuse Angèle en duo avec Justice) ou des défilés de mode pour de grandes marques comme Isabel Marant. Iels présentent à Montréal leur spectacle Age of Content.

Un public assez mélangé hier soir au Théâtre Maisonneuve plutôt bien rempli, entre têtes blanches certainement habituées des lieux et des jeunes vingtenaires ou trentenaires, ce qui témoigne aussi de la petite révolution qu’a apporté (LA)HORDE dans le monde de la danse, en étant plus « mainstream » et en ratissant donc un public plus large. La troupe existe maintenant depuis plus de 10 ans sous la direction de Marine Brutti, Jonathan Debrouwer et Arthur Harelet et interroge la portée politique de la danse, selon leur page Internet.

Le premier tableau donnait le ton très moderne et plutôt impressionnant de ce qui allait suivre : dans un décor de garage industriel, une voiture dont il ne restait que l’armature, les phares et les pneus était télécommandée sur scène, pendant qu’un, puis deux, puis une quinzaine de danseurs se relayaient, ou plutôt, semblaient se battre pour être seul.e dessus – la voiture était recouverte de plexiglas transparent du capot avant au capot arrière, ce qui permettait toutes sortes d’acrobaties. Volontairement anonymisé.e.s, les danseurs et danseuses portaient tous et toutes le même « uniforme » : hoodie et pantalon vert amande marqués « Juicy », rappelant la marque Juicy Couture très populaire dans les années 2000 où l’on pouvait voir notamment Paris Hilton ou Jennifer Lopez en être vêtues, sneakers de la même couleur, masque couleur chair sur le visage pour flouter leurs traits, jusqu’à la même coiffure. Leurs rapports quasi amoureux avec la voiture, en parallèle avec la violence entre eux, rappelaient les films Crash de David Cronenberg ou Titane de Julia Ducournau.

Aucune « musique » à proprement parler n’a retenti pendant une bonne dizaine de minutes, mais plutôt des sons comme des aboiements de chiens, pour se transformer ensuite en musique électro style « rave » lors des numéros collectifs. Un début plutôt intense, et le deuxième tableau a aussi rappelé à quel point (LA)HORDE a des idées et des danseurs géniaux : pensé comme un jeu vidéo où les seuls personnages présents seraient des NPC/PNJ (non-playable characters/personnages non jouables), les danseurs aux joues ultra maquillées tels des poupées, débarrassés cette fois de leurs uniformes et masques, étaient incroyables de véracité. On avait l’impression qu’iels avaient passé des heures à intégrer dans leur corps les déplacements de ces personnages que personne ne regarde d’habitude.

La transition avec le dernier tableau fut néanmoins plus déroutante : les PNJ se transformaient en espèces de cavaliers et chevaux, ces derniers étant pris dans la bouche par les doigts des premiers tels ces mors qu’on passe aux animaux, tout en montrant aussi des danses beaucoup plus sexualisées. On appréciera au passage la remise en question des normes sociétales et artistiques sur scène, aussi bien au niveau du masculin/féminin (les costumes étaient par exemple tout à fait interchangeables) qu’au niveau des codes habituels de la danse apportés initialement par le ballet classique : les portés sont réalisés aussi bien par les hommes que par les femmes, qui soulèvent dans les airs aussi bien leurs collègues masculins que féminins.

Si l’on se risquait à une interprétation de ce qu’on a vu jusque là, on pourrait y déceler une dénonciation, ou du moins une mise en avant de tout ce qui nous harnache dans nos sociétés modernes : les possessions matérielles, la recherche de signes extérieurs de richesse, la sexualité, la violence… Ce serait néanmoins un peu simpliste si c’était vraiment cela, et on laissera les spectateurs déterminer pour eux-mêmes ce qu’ils pensent avoir vu devant Age of Content.

Le dernier tableau a néanmoins emporté l’adhésion de tout le théâtre, et pour cause : mélange des genres – décidément un trait caractéristique très plaisant de (LA)HORDE – avec des danses dites « commerciales » qu’on pourrait voir dans des clips ou concerts de pop ou de rap, mais aussi des ensembles typiques de comédies musicales de Broadway ou des poses du style selfie ou challenges TikTok, le tout avec des sourires ultra forcés et même des cris. Un spectacle moqueur peut-être, donc, mais définitivement d’une énergie folle, vivant et unique.

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