Sophie Cadieux
Entrevue Publié le
  • Cindy Savard Rédaction Collaboration spéciale (Le Pressoir)

La fureur de ce que je pense au FTA | Sophie Cadieux et Marie Brassard plongent en plein coeur de l’univers de Nelly Arcan

Du 3 au 6 juin, le Festival TransAmériques accueillera une nouvelle mouture de la pièce « La fureur de ce que je pense » à l’Usine C. Rencontre avec Sophie Cadieux et Marie Brassard quatre ans après la présentation de la première version de ce spectacle.

Ayant été conçu en 2013 dans le cadre d’une résidence d’artiste à l’Espace Go sous le thème « À quoi je corresponds », ce spectacle puissant a pris vie dans la tête de Sophie Cadieux :

« Le projet principal qui m’habitait tout au long de cette réflexion-là c’était les écrits de Nelly Arcan. […] Je me suis demandée qu’est-ce que c’était d’avoir 30 ans comme femme aujourd’hui. »

À cette réflexion, s’est ajoutée l’envie de rendre hommage à l’œuvre de Nelly Arcan plutôt qu’à son histoire personnelle :

« L’idée c’était d’amener à la scène l’écriture plutôt que le personnage. J’étais là en amont, mais après que Marie Brassard ait accepté l’invitation de mettre en scène la pièce, je suis devenue l’une des sept filles […] Ma partie, c’était de lancer mon regard sur le texte et Marie s’est occupée du travail dramaturgique »

7 femmes fortes porteuses d’une œuvre

Au cœur de ce spectacle, sept figures féminines ont été choisies pour incarner les récits de Nelly. Marie Brassard défend cette distribution avec aplomb : « [Il n’y a] pas de figure masculine parce qu’on voulait traduire la pensée de Nelly et ça semblait complètement évident qu’il s’agisse d’une parole de femme transmise par des femmes. »

En effet, ce spectacle met en scène sept femmes dont six comédiennes et une danseuse qui s’immiscent toutes dans les entrailles de la prose de Nelly et nous livrent l’une après l’autre des morceaux de ses réflexions les plus complexes. Toute l’intensité de Nelly se retrouve condensée dans une série de monologues fleuves qui s’articulent dans un décor qui enferme chaque comédienne dans un huit clos avec elles-mêmes.

« C’est un spectacle qui par sa forme n’essaie pas d’être le polaroid d’une époque, ou d’évoquer une voix précise, explique Sophie Cadieux. Elle ajoute : « Avec le spectacle qu’en a fait Marie, les chants ont une intemporalité. Ce n’est pas un spectacle à-la-mode, il peut voyager à travers le temps. Dans dix ans, ce spectacle sera encore très innovateur ».

Une parole empreinte d’humanité

Plusieurs pays se sont sentis interpellés par les écrits de Nelly Arcan qui ont fait écho dans d’autres sociétés. Le Japon a traduit « Putain » en japonais, Nelly s’était rendue en Allemagne en 2006 afin de promouvoir Hörig, une traduction allemande de « Folle ».

« Quand une parole est intime et vraie, peu importe d’où on vient, cette parole-là devient universelle. L’œuvre de Nelly revêt une humanité simple et honnête, ça nous rejoint tous parce qu’on est des êtres humains. »

À cette réflexion de Marie Brassard s’impose la perspective de Sophie Cadieux :

« Oui, Nelly portait une parole féminine et féministe, elle était radicale dans son opinion et par son regard sur elle-même et sur les autres femmes, mais sa parole portait aussi sur la condition humaine. Elle cherchait comment trouver sa place dans le monde et comment se débarrasser de l’impression d’être inappropriée dans son corps ou dans son statut. [Ce spectacle] n’est pas le reflet d’un vase clos d’une féminité intime qui regarderait que les femmes. On y retrouve les propos d’une femme extrêmement brillante dont la féminité a créé une barrière en quelque sorte pour lui permettre d’être entendue comme une vraie auteure. »

Quatre ans plus tard au FTA

La fureur de ce que je pense est une pièce qui a eu le temps d’incuber et de se peaufiner au cours des dernières années. Réputée pour être une artiste iconoclaste, Marie Brassard possède l’art de produire, réaliser et mettre en scène des créations en marge des conventions.

Ayant repris les droits de cette création sous la bannière de sa compagnie Infrarouge, le spectacle se veut une œuvre vouée à voyager :

« On a conçu un prototype de décor qui permet de le déplacer facilement. On veut amener ce spectacle le plus possible dans le monde en tournée. On a des offres pour l’an prochain pour l’Europe, à Tokyo [avec des actrices japonaises], on a une offre à Madrid pour le printemps prochain et la Suède. On espère l’amener en France et on verra pour la suite ! »

À quel public s’adresse cette pièce-là ?

À un public du FTA très certainement. Marie Brassard aborde ce spectacle comme une œuvre d’art : « C’est un théâtre qui n’est pas plate. C’est un objet artistique, les actrices sont différentes, il y en a un peu pour tous les sens. C’est une œuvre d’art qui parle avec des êtres vivants dedans ».

Sophie Cadieux, elle, l’aborde du point de vue du public : « Ce qui est beau dans c’est une proposition le spectateur ne peut pas être passif. Il faut se concentrer pour découvrir l’aura de mystère qui règne sur cette pièce. »


La fureur de ce que je pense sera présentée du 3 au 6 juin à l’Usine C dans le cadre du Festival TransAmériques.

Distribution : Christine Beaulieu, Sophie Cadieux, Evelyne de la Chenelière, Larissa Corriveau, Johanne Haberlin, Julie Le Breton et Anne Thériault.

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