Kate Nash
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Kate Nash au Théâtre Fairmount | Femme libérée (et déchaînée) !

À la toute fin de Foundations, avant-dernière pièce avant le rappel, Kate Nash gisait sur son dos en plein milieu de la scène du Théâtre Fairmount. Sa guitariste et sa bassiste avaient pris soin de déposer leurs instruments sur son ventre et ceux-ci valsaient de bas en haut à mesure que la chanteuse britannique tentait de reprendre son souffle. La scène a beau avoir duré une vingaine de secondes tout au plus, elle résume assez bien le genre de performance à laquelle a eu droit le public montréalais lors de son passage mardi soir.


C’est en effet une Kate Nash généreuse et énergique qui a pris d’assaut la salle intime pour offrir un spectacle mémorable.

Si elle s’est permise quelques pièces au piano, à la guitare acoustique ou à la basse, c’est armée seulement de son micro qu’elle a passé la majeure partie de son spectacle. Pour l’occasion, trois musiciennes l’accompagnaient, question de minimiser le recours à des bandes préenregistrées autant que possible.

Vêtue d’un ensemble moulant turquoise et or et portant fièrement un petit diadème, la belle rousse a su garder ses fans dans sa petite poche avec des interventions fréquentes entre ses pièces. Tantôt elle fait de l’autodérision, tantôt elle parle de santé mentale et de l’importance de demander de l’aide. Elle ne se gêne d’ailleurs pas pour remettre à sa place un spectateur qui ose lui lancer un commentaire déplacé et un peu dégueulasse. Ce n’est en effet pas parce qu’elle chante à propos de ses propres parties intimes durant une rare performance de Free My Pussy, chanson bonus de l’édition deluxe de Girl Talk, qu’on peut lui balancer des propos sur ce qui se passe dans ses propres bobettes. Selon setlist.fm, il s’agirait de la première fois en presque quatre ans que Kate Nash interprétait cette pièce: espérons pour ses fans qu’elle ne la rangera pour de bon à cause de cet incident.

Une tonne de briques

Cette tournée intitulée Yesterday Was Forever fait suite à la sortie de son 4e album du même nom, paru plus tôt ce mois-ci. Malgré tout, on avait l’impression, par moments, que Kate Nash était toujours dans l’esprit de sa tournée précédente, qui célébrait les 10 ans de son premier disque (sorti à l’époque où on parlait encore de «disques») tellement les chansons de Made of Bricks prenaient beaucoup de place.

Ceux qui ont aimé ce qu’elle a fait entre ces deux projets seront d’ailleurs restés sur leur faim: Sister et Free My Pussy étant les seules pièces de Girl Talk, son troisième opus plus punk, qui se sont pointé le bout du nez. Pour ce qui est de l’album My Best Friend Is You, c’est comme s’il n’avait jamais existé. Dommage, on aurait aimé entendre Do-Wah-Doo ou Later On.

Ce n’est là toutefois le seul bémol de la soirée. Même sans jouer Drink About You, qui était pourtant le premier extrait de son nouvel opus, Kate Nash a su appuyer sur les bons boutons à chaque occasion pour conquérir le public. La chanteuse a effectivement roulé à plein régime durant tout le spectacle: qu’elle soit en train de se secouer le popotin sur Mouthwash, qu’elle joue en mode honnête et sentimentale avec la soliloque de Musical Theatre ou qu’elle plaisante avec la foule entre deux pièces pour reprendre son souffle, il n’y a jamais paru y avoir de temps mort ou de baisse d’intensité.

Elle a d’ailleurs pleinement profité de la proximité qu’offre le Théâtre Fairmount pour s’approcher autant que possible du public en visitant fréquemment le devant de la scène, au-dessus des caisses de son qui crachaient les basses fréquences.

Bref, tout le monde a semblé avoir du plaisir, à part peut-être le clavier de Kate Nash. Celui-ci s’est en effet fait malmener sur un moyen temps à la fin de Merry Happy, alors que Kate le frappait vigoureusement avec ses mains, son postérieur, ses genoux et, enfin, son corps au complet. Encore une fois, la chanteuse a terminé la chanson au sol avec un instrument. Mais comme elle a su le faire si brillament durant toute sa carrière, elle est tombée pour mieux se relever.

Miya Folick, tout en puissance

C’est le quatuor powerpop Goodbye Honolulu qui s’est chargé d’ouvrir le bal. Les quatre garçons, qui portaient tous des chemises rouges assorties, ont offert des compositions honnêtes où les deux guitaristes et le bassiste se sont partagé le travail de chanteur.

Pour ce qui est du batteur, il a semblé vouloir profiter au maximum du fait que son instrument était placé à l’avant-scène avec les autres, contraintes d’espace oblige. Ce n’était pas exactement au même niveau que dans this drummer is at the wrong gig, vidéo virale d’il y a quelques années, mais ses tours de passe-passe étaient un peu superflus.

Par la suite, c’était au tour de la jeune chanteuse Miya Folick de prendre la scène. Quelque part entre le grunge et un indie rock qui atteint le point d’ébullition, la Californienne a surtout épaté grâce à sa voix puissante et unique. C’est avec une facilité déconcertante qu’elle s’aventurait souvent dans les hautes durant sa prestation, sa voix restant toujours ronde et lisse, comme à la fin de Trouble Adjusting.

C’est en partie pourquoi son interprétation de Give It To Me était particulièrement désarmante. La pièce, qui commence comme une douce ballade, est catapultée par un refrain à donner la chair de poule alors que Miya crie toute son émotion. Elle s’investit à fond dans ses compositions et place la barre très haute à quiconque ose s’aventurer sur scène après elle. Elle s’est d’ailleurs permise de regarder un spectateur droit dans les yeux, à quelques centimètres de son visage, durant l’une de ses chansons: pendant l’entracte, ce même spectateur s’est empressé de se procurer son album en vinyle à la table de produits dérivés.

Si Miya Folick étant en mission lorsqu’elle est montée sur scène, on peut dire que c’est mission accomplie.

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