
îLESONIQ – Jour 1 | Kaskade et Maddix triomphent, John Summit un peu moins
La grande messe de l’électro à Montréal est de retour ce weekend! Programme chargé comme à l’habitude sur les trois scènes du festival, toutes récupérées d’Osheaga la semaine dernière, alors que la principale accueillait hier, le 9 août, un John Summit pas au sommet (lol) de son art à la fin d’une journée surtout marquée par une déception généralisée quant à Steve Aoki.
Oui, déception, alors que le natif de Miami aux origines japonaises devait initialement se produire sur la scène principale dans les environs de 18h pour finalement être déplacé ailleurs pour un set de 30 minutes en même temps que la tête d’affiche à cause de problèmes de vols. Les aléas du travail de programmation et phénomène malheureusement de plus en plus répandu. Mais tout n’est pas noir, le reste du programme est resté généralement de très bonne qualité.
Frank Walker
Une fois n’est pas coutume : je passerai l’ensemble de ma soirée devant la scène principale du festival sans me promener, et ça commencera en fin d’après-midi avec le DJ et producer torontois Frank Walker dans le cadre d’une performance assez décevante.
L’artiste a choisi de se lancer dans un set à saveur très club et sécuritaire. La setlist n’est pas particulièrement aventureuse et ne contient pas beaucoup de moment instrumentaux, Walker préférant se concentrer sur des chansons connues au point de sonner comme un stéréotype des DJs de bar. Hits Y2K, succès house-pop récents, remixes TikTok et moments country… la sélection est à la fois homogène dans son essence, même si stylistiquement disparate, ce qui en fera une force tout autant qu’une faiblesse.
Le talent du DJ sera plutôt dans sa technique et son pacing. Les chansons diffusées ne le sont rarement que plus de quelques instants, souvent un seul couplet et un ou deux refrains. Ça crée des segments courts avec des enchaînements assez directs; un mix donc dynamique et rapide qui permet de passer plus de musique et de ne jamais ennuyer le public.
Meilleurs moments : Un bon vieux Satisfaction de Benny Benassi habilement préparé deux chansons à l’avance, et un court remix de Somebody That I Used to Know. Ça fait du bien en crisse (vous excuserez mon français) d’entendre l’originale et non pas encore une fois Anxiety de Doechii.
Pire moment : Un remix EDM assez peu intéressant de la « favorite song of all time » de Walker : Yellow de Coldplay. Au moins, les caméras ne filmaient personne en train de frencher.
Maddix
Solide prestation du DJ néerlandais en ce début de soirée. Le gars est arrivé préparé et ça a paru tout au long de son heure de présence scénique.
* Photo par Marie-Claire Denis
Connu pour ses sets aux esthétiques très variables, passant de la trance à une EDM plus générique selon ses humeurs, Pablo Rindt a misé hier sur un mélange agressif de techno et de big room très high-paced, maintenant un 140 à 150 BPMs constant. Sur papier, c’est beaucoup, et dans les faits aussi, mais le DJ, avec de longues transitions et une sélection presque entièrement instrumentale, parvient à ne toutefois pas essouffler son public malgré tout, et ça, c’est pas donné à tout le monde.
* Photo par Marie-Claire Denis
Meilleur moment : Les enchaînements de manière générale
Pires moments : Les quelques samples de voix sont beaucoup trop longs, et on finit par avoir rapidement fait le tour des projections un peu cheap de pitounes qui dansent
Black Tiger Sex Machine
On peut affirmer sans se tromper que le trio montréalais est le projet électro québécois avec le plus de succès à l’international depuis les grosses années de Tiga et A-Trak, et le pourquoi en aura été une fois de plus démontré hier.
* Photo par Marie-Claire Denis
Si Maddix répondait à la demande des fans de vitesse avec brio, les fondateurs de Kannibalen Records, qui nous auront fait découvrir plusieurs artistes par le passé, comme Apashe, vont aller encore plus loin, au plaisirs de plusieurs malgré la violence initiale du truc. Ce ne sera pas aussi bon, mais stylistiquement, tout est aux bonnes places.
* Photo par Marie-Claire Denis
BTSM nous ont habitué à un mélange de techno et de bass avec des touches de dubstep à travers les années et ne changeront pas ici la formule. Les pièces sont des compositions originales, ce qui permet grandement d’en faciliter la présentation sur scène et de créer une indéniable et souhaitable homogénéité dans la sélection musicale. Le mix est dynamique malgré des titres qui s’étirent parfois volontairement, peut-être un peu trop par moments, et l’on en ressort ici un peu plus épuisé que le set d’avant, mais entièrement satisfaits tout de même.
Meilleur moment : Les traditionnels masques de tigres lumineux sur scène et dans le public
Pire moment : Les éclairages sont beaucoup trop intenses pour l’heure
Kaskade
Moment de répit pendant le set de l’Américain qui se pointe en ville pour proposer, sans surprise, un très bon moment. Tout comme Frank Walker, le DJ fera le pari de la variété dans ses sélections, mais avec un résultat beaucoup plus convaincant que son compatriote.
Ici aussi succès pop et moments house s’enchaînent, mais sans trop se ressembler, créant une intéressante diversité de genres musicaux, même si bien remixés pour mieux s’intégrer à une playlist amicalement chargée. Les enchaînements sont particulièrement réussis dans la majorité des cas, soulignant encore plus le talent de l’artiste à combiner des pièces variées.
On entendra à plus d’une reprise des morceaux uniquement servir de bases à d’autres pour assurer une constance plutôt que de flasher par eux-mêmes à chaque reprise, un procédé qui demande beaucoup de technique et qui prouve la grande connaissance de Ryan Raddon de son matériel. Le DJ se permettra aussi de varier un peu plus les BPMs, question de garder le public en alerte et de créer plusieurs moments séparés des autres qui instaurent un certain narratif. Bien joué!
Meilleur moment : Un long et efficace remix de Just Dance de Lady Gaga avec une progression constante fort intéressante
Pire moment : J’ai renversé mon thé glacé par terre
John Summit
Sans être particulièrement mauvaise, la performance de la tête d’affiche, donnée moins d’un an après sa dernière venue en ville, ne passera pas non plus à l’histoire. L’Américain offrira une prestation répondant aux attentes, mais sans plus.
Le problème avec ce set conclusif, c’est surtout le manque de surprises qui viendra avec. On reste en terrains connus avec des sélections sécuritaires, mélangeant catalogue personnel et remixes variés, qui ne parviennent pas à prouver les talents de « crate digger » de l’artiste. L’esthétique ne se renouvelle pas non plus au fur et à mesure que le set avance, créant un sentiment de distraction qui manque de rythme par moments. Personne ne sort de là déboussolé mettons.
Après, le tout reste très dansant et adéquat, et le public le lui fera savoir à plus d’une reprise. Les jeux d’éclairages, très fournis, viendront aussi pardonner les petits temps morts ponctuels ou les quelques transitions un peu trop relâchées, avec du feu et des feux d’artifices qui partiront à tout bout de champ au plus grand bonheur de la foule. La sénographie sera ici au service de l’artiste, sans lui voler la vedette comme c’est pourtant souvent le cas dans ce type d’événements.
Pas une mauvaise façon en soi de conclure cette première soirée d’îLESONIQ, même si l’on aurait pu s’attendre à mieux d’un artiste de ce calibre.
Meilleur moment : Focus, sans surprise
Pire moment : Certaines transitions un peu sèches, ironiquement souvent vers ses propres chansons. Étrange!
Et en bonus, mentions honorables aux meilleurs membres du public :
- Le gars avec une canne à pêche qui tient un Labubu rose à son hameçon
- Le gars en kit complet d’Akatsuki et grimé d’un parapluie pour se protéger des sprinklers
- Un jeune adolescent en fauteuil roulant qui ne laissera pas ça refroidir ses ardeurs
- Un groupe d’une dizaine de Pikachu ben allumés
Sinon, pour plus de photos des trois scènes, c’est ici que ça se passe!
- Artiste(s)
- Black Tiger Sex Machine, Frank Walker, John Summit, Kaskade, Maddix, Steve Aoki
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Parc Jean-Drapeau
- Catégorie(s)
- Bass, Big Room, Club, Dance, DJ set, Dubstep, EDM, Electro, Festival, House, Techno, Trance,
Vos commentaires