Hugo Blouin

Hugo Blouin à la Maison de la culture Claude-Léveillée | Un joyeux festin roboratif

En ce vendredi soir, nous retrouvons Hugo Blouin à la Maison de la culture Claude-Léveillée pour le lancement de sa quatrième offrande sur disque intitulée Le buffet, où il continue sa réinterprétation de la parole en musique. Cette fois-ci, les recettes de cuisine en sont le thème principal, et non, Ricardo n’était pas là! Un concert de jazz original, qui sait être ludique et où l’on ne s’ennuie pas une minute.

Le contrebassiste et compositeur Hugo Blouin a une feuille de route bien remplie. C’est déjà son quatrième album qu’il nous présente ce soir. Il continue dans sa recherche d’interprétation musicale du langage, comme une prolongation de l’héritage du Trésor de la langue (1990) de René Lussier. D’ailleurs, on a pu croiser Blouin accompagnant Lussier ces dernières années, la boucle est bouclée!

Après les deux volumes consacrés à la commission Charbonneau (Charbonneau ou les valeurs à’ bonne place en 2018 et en 2022) et celui sur le Hockey (Sport national en 2023), il nous revient cette fois avec le thème des recettes de cuisine, même si, cette fois, il se laisse plus de latitude pour déborder ailleurs.

Lorsque nous rentrons dans la salle, nous sommes accueillis par l’audio de l’émission française La Cuisine des mousquetaires, notamment l’épisode où la cuisinière Maïté nous explique comment manger un ortolan, un monument de sensualité incongrue et malaisante. La table est dressée!

hugo blouin le buffet credit emmanuel crombez 8* Photo par Emmanuel Crombez.

Sur une scène dépouillée, sans décor ni projection, Hugo Blouin est derrière sa contrebasse, à la direction et au chant. Marianne Trudel est au piano et John Hollenbeck est à la batterie, deux piliers réputés des scènes jazz aux riches carrières. En remplacement d’Aurélien Tomasi, présent sur l’album, mais parti en vacances au Mexique, c’est le toujours très efficace et inspiré Alex Dodier qui est aux instruments à vent, équipé de son tablier de cuisine. C’est avec un grand plaisir que je retrouve Eugénie Jobin Tremblay au chant et aux acrobaties vocales, que l’on a déjà entendue entre autres dans son projet Ambroise, le trio Dolman / Rossy / Jobin ou la formation Lune très belle.

hugo blouin le buffet credit emmanuel crombez 11* Photo par Emmanuel Crombez.

La musique présentée ce soir reste dans la même veine des précédentes productions de Blouin, avec toutefois un certain relâchement voulu autour du thème principal des recettes, comme nous l’explique le contrebassiste lors d’une de ses interventions. On peut comprendre que la contrainte peut-être lourde et qu’il se permet de déborder sur une tentative d’explication du jazz sérieux ou du temps qui prime sur le son. On retrouve également la recette d’une soupe froide de tomates, d’une patate au sucre ou le goûter français de mon enfance, le pain-beurre-chocolat.

La parole est transcrite en note avec un rythme qui suit la scansion des mots, ce qui donne des formules rythmiques à la fois originales et surprenantes. Ces mots sont d’ailleurs repris et chantés par Eugénie Jobin, qui se frotte à une partition loin d’être évidente, où les notes naviguent un peu partout sur la portée. Divulgâchage : elle s’en sort très bien, avec facilité, même, avec ce beau timbre qui lui est propre.

hugo blouin le buffet credit emmanuel crombez 9* Photo par Emmanuel Crombez.

Bien sûr, on reste dans un univers jazz, et les solos et échanges sont nombreux. Je note particulièrement les interventions riches au piano de Marianne Trudel et la complémentarité avec la batterie inventive de John Hollenbeck : ça crève les yeux (ou les oreilles?) que ces deux-là jouent très régulièrement ensemble. Alex Dodier est égal à lui-même, c’est-à-dire un modèle d’efficacité avec un sens pointu du titre. Hugo Blouin prend un plaisir visible à jouer ses morceaux, le sourire toujours présent et le geste large et enjoué, chantant avec enthousiasme et relançant régulièrement son équipe avec entrain.

hugo blouin le buffet credit emmanuel crombez 10* Photo par Emmanuel Crombez.

Deux invités viennent ponctuer la soirée : Émilie Fortin est à la trompette sur le titre Du jazz sérieux et nous présente un solo de balloune particulièrement bien placé et maîtrisé, plein de dérision et jouissivement iconoclaste. Alissa Cheung vient jouer du violon sur trois titres et livre notamment un long solo décadent plein d’envolées imaginatives.

Cette nouvelle offrande d’Hugo Blouin, qu’il nous a présentée ce soir, reste dans la continuité de ses précédents albums. Certains titres s’écartent du thème principal, mais ça ne s’appelle pas « le buffet » pour rien! Le contenu est toujours ludique et musical, avec une gaieté et une jovialité qui donnent le sourire. Ajoutez à cela un équipage de musiciens de qualité supérieure qui se joue des difficultés de la partition avec malice et aisance, et nous avions tous les ingrédients pour une soirée particulièrement goûteuse et savoureuse!

L’album Le buffet paraîtra le 5 décembre 2025, et est disponible en précommande sur Bandcamp :

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