Gary Numan au MTelus | L’intemporalité passe par le rock industriel
Gary Numan n’est pas de ces artistes qui surfent sur la nostalgie pour remplir des salles, comme certains autres de sa génération. Il a plutôt la réputation de livrer des prestations d’une intensité rare, une aura qui n’est certainement pas étrangère au fait que son concert, d’abord annoncé au Théâtre Beanfield, ait été déplacé au MTelus afin d’accueillir plus du double de spectateurs.
Comme pour nous donner raison, dès l’ouverture avec Halo, le britannique ayant connu le succès dès les années 1970 est venu arpenté la scène du MTelus avec énergie dans ses habits gothiques, comme possédé par sa musique. Il a prouvé en quelques minutes qu’il serait à la hauteur de sa légende tout au long des 100 minutes du concert.
Peut-être que le nom Gary Numan ne vous dit rien. Écoutez Cars pour que la mémoire vous revienne: en une dizaine de secondes à peine, vous reconnaîtrez ce riff de basse emblématique au synthétiseur Moog.
Paru en 1979 sur l’album The Pleasure Principle, ce titre a inauguré sa carrière solo et révolutionné la synth-pop naissante. Cette fin de décennie fut d’ailleurs charnière pour lui : six mois plus tôt, il transformait déjà le paysage musical avec l’album phare Replicas au sein de Tubeway Army. D’ailleurs, les classiques issus de cette période (Down in the Park, Are ‘Friends’ Electric?, Metal, Films et M.E.) ont occupé une place de choix durant la soirée, au plus grand plaisir des fans de la première heure.
Mais pas seulement. Ceux et celles qui ont embrassé la musique industrielle au tournant des années 1990 en ont aussi eu pour leurs oreilles. Numan a habilement alterné des titres des années 2000 et 2010, période où il a opéré un virage plus lourd, inspiré par Nine Inch Nails ou Marilyn Manson – qui ont, en retour, aussi revendiqué l’influence de Numan – avec ses hymnes des années 1970. Pour assurer la cohérence de l’ensemble, les arrangements des titres presque cinquantenaires se sont musclés, portés par des textures électroniques denses et des guitares distordues… en bref, il se sont industrialisés.
Le coup de cœur de la soirée va toutefois au bassiste Tim Slade et au guitariste Steve Harris (qui célébrait d’ailleurs son 700e spectacle avec la formation). Grands, minces, le crâne rasé et vêtus de soutanes noires, les deux musiciens paraissaient sur scène comme des spectres frangins, ou amants, une ambiguïté saisissante. Tantôt cabotins, tantôt s’enlaçant ou invoquant la foule de gestes rituels, ils rappelaient l’esthétique hypnotique mais troublante de certaines sectes. Ce duo de guitares, mêlant sensualité et dangerosité, a exercé une réelle fascination magnétique, sans jamais faire d’ombre à la présence impériale de Numan.
On ne peut pas passer sous silence ce moment touchant père-fille, alors que Raven Numan est venue interpréter son titre Nothing’s What It Seems, sous le regard approbateur de son cool dad. Et aussi ce moment où j’ai réalisé que Basement Jaxx a échantillonné M.E. sur leur succès Where’s Your Head At du début des années 2000.
Même après près de 50 ans de carrières, Gary Numan a offert un spectacle d’une grande intensité. Sans jamais renier son passé, il l’ancre avec justesse dans le présent et demeure, encore, un artiste pertinent qui vaut le détour en spectacle.
Tremours
En ouverture, le duo de Los Angeles Tremours foulait les planches montréalaises pour la première fois. Si leur prestation s’est révélée solide et bien accueillie, elle n’en demeurait pas moins un brin statique. L’expérience s’apparentait à la contemplation d’un très beau paysage en voiture, qui devient monotone après cinq heures de route. Bref, une prestation mi-figue, mi-raisin.
Naviguant entre shoegaze stoner et mélancolie dark wave, le duo installe une esthétique forte. Lauren Andino (guitare et chant) enveloppe sa voix d’une réverbération si dense qu’elle crée une aura onirique séduisante à la Hope Sandoval de Mazzy Star, bien que dans son cas les paroles s’y perdent totalement. Si ses effets de guitare installent une intéressante ambiance sombre et planante de prime abord, ils gagneraient toutefois à se diversifier pour éviter la redondance.
Heureusement, les pulsations de Glenn Fryatt à la batterie ont insufflé le dynamisme nécessaire à l’ensemble. Ce rythme, soutenu par un excellent jeu d’éclairage, a sauvé la mise pour ce duo qui possède une identité musicale indéniable, mais qui devra explorer d’autres textures pour pleinement porter son projet sur scène.
Grille de chansons (Gary Numan)
Halo
Metal
Haunted
Everything Comes Down to This
Films
Is This World Not Enough
Down in the Park (titre de Tubeway Army)
M.E.
Nothing’s What It Seems (de et par Raven Numan)
Dead Sun Rising
Love Hurt Bleed
Cars
The Fall
The Chosen
A Prayer for the Unborn
Are ‘Friends’ Electric? (titre de Tubeway Army)
Rappel
The Gift
My Name Is Ruin
Photos en vrac
- Artiste(s)
- Gary Numan, Tremours
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- MTELUS
- Catégorie(s)
- Industriel, New wave, Pop-punk, Synthpop,





















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