crédit photo: Jaime Antonio Luna
Francouvertes

Francouvertes 2026 – Jour 6 | Au tour de Banc d’parc, Noëm et Thalia Rosaura de se faire valoir!

Les soirées défilent à vive allure, et on se trouvait déjà à l’avant-dernier soir des préliminaires des Francouvertes, mardi, alors qu’un cabaret Lion d’or bien rempli accueillait coup sur coup Banc d’Parc, Noëm et Thalia Rosaura. Le portrait des demi-finales s’éclaircit, et deux des participant-es de ce mardi soir ont déjà confirmé leur place en vue de la mi-avril…

Sakay Ottawa

sakay ottawa francou2026(c)jaime antonio luna jpg web 15* Photo par Jaime Antonio Luna.

C’est à l’auteur-compositeur-interprète atikamekw Sakay Ottawa que les Francouvertes ont confié la tâche d’ouvrir la soirée. L’artiste originaire de Manawan avait participé aux préliminaires en 2024. « La bienveillance qu’il rayonne est trop forte, écrivait le collègue Sami Rixhon dans sa critique à l’époque. Chaque intervention de Sakay Ottawa donne le sourire. »

Ce qui était vrai il y a deux ans l’est encore. Bien qu’il n’ait pas franchi la première ronde en 2024, Ottawa récoltait et récolte encore l’appréciation de tous avec son interprétation sincère, son charisme naturel et l’élan de ses chansons entraînantes. S’imposant depuis plus de 20 ans comme une voix authentique et engagée de la scène musicale autochtone, on sent que le musicien d’expérience maîtrise son art. Il puise dans ses racines, sa langue et sa spiritualité, et propose une œuvre folk-rock fortement inspirée par Florent Vollant et profondément humaine, où la nature, la mémoire et les traditions s’entrelacent avec sensibilité.

Chaîne à l’effigie des Rolling Stones au cou, il apprête ses chansons avec bagout et confiance, et le public embarque dans la proposition. D’ailleurs, l’artiste a pris soin de remercier les Francouvertes pour l’opportunité renouvelée de chanter dans sa langue devant un public curieux et ouvert. La chaude ovation reçue en fin de performance laisse croire que ce genre de rencontre devrait survenir plus souvent!

Banc d’parc

banc d'parc francou2026(c)jaime antonio luna jpg web 6* Photo par Jaime Antonio Luna.

Les premiers participants de la soirée étaient Banc d’Parc, le projet solo de Maxime Brown, parolier, poète et humoriste originaire de Sainte-Thérèse. Avec cette proposition musicale plus intime, l’artiste confie qu’il peut laisser l’humour un peu de côté pour ses autres projets, et explorer davantage sa sensibilité.

En 2023, il avait lancé Le cirque, un premier album à l’identité singulière, où se rencontrent un rock spontané et un folk bricolé, au service d’une poésie assez brute, parfois maladroite, mais souvent savoureusement imagée.

Sauf que sur scène, Banc d’Parc prend une dimension imprévisible et visiblement pas à maturité. Entouré de musiciens solides – notamment Frédéric Ferland, qui s’illustre à la guitare et au pedal steel – Maxime Brown peine à garder la voix juste au chant, et les musiciens se désynchronisent parfois de manière assez notable…

Ses interventions entre les chansons manquent un peu d’aplomb aussi, sans doute en raison de la nervosité. La foule a toutefois apprécié lorsqu’il a dit : « Ça fait six ans que j’essaie d’être ici. J’ai finalement catché la gimmick… Fallait s’inscrire! »

On le sent davantage à l’aise avec la très bonne chanson Le cirque, lancée il y a trois ans, mais la plus récente Urgence de vivre rate un peu la cible en raison de la performance vocale oscillante.

Ça prendra un peu plus d’expérience et de vécu pour réellement permettre à ce projet de prendre son envol sur le plan scénique. Ça manque d’assurance et de conviction pour l’instant.

Noëm

noëm francou2026(c)jaime antonio luna jpg web 30* Photo par Jaime Antonio Luna.

Noëm, elle, compte sur une certaine expérience, étant formée en jazz et active sur la scène musicale depuis plus de 10 ans. Son réalisateur et co-compositeur Olivier Girard est avec elle, et on sent d’emblée qu’on a affaire à un projet plus rodé.

Plus la performance progresse, plus son aplomb vocal brille. Les musiciens font ce qu’il faut pour bien faire vibrer cette soul pop aux accents R&B et parfois jazz. C’est délicat, aéré, ça groove bien quand ça doit le faire. On ne réinvente pas la roue musicalement parlant, mais c’est globalement très doux et agréable à l’oreille. Quelques élans vocaux, bien dosés, font réagir la foule. Pas de haute voltige, juste un peu de prouesse qui touche une corde sensible.

Mais subtilement, la vraie force de sa proposition se dévoile : elle façonne une proposition artistique bien définie en explorant la notion de deuil. Elle explique même chercher à « trouver la beauté dans le deuil » avec un certain recul, et surtout, elle garde ce thème assez universel en ne personnalisant pas son propre deuil dans ses chansons. On peut alors s’y identifier, y insérer notre interprétation personnelle en fonction de notre vécu en tant que spectateur.

Un vibrant hommage à sa grand-mère, Louise, nous émeut. Les harmonies vocales sur la très belle Hymne à l’Orage aussi. Du bon matériel, bien défendu sur scène. La chanson Sans toi, plus groovy et doté d’une mélodie solide et accrocheuse, conclut bien le set.

Ah, petite note pour tous les artistes qui comptent utiliser un mégaphone sur scène (puisque la tendance semble se dessiner) : ne prenez pas pour acquis qu’on entend bien ce que vous y énoncez! Surtout lorsqu’il n’est pas pointé vers le public ou, mieux encore, vers un micro. Prenez la leçon de ce bon vieux Tom Waits :

Thalia Rosaura

thalia rosaura francou2026(c)jaime antonio luna jpg web 15* Photo par Jaime Antonio Luna.

La soirée se conclut avec l’électropop vitaminée et à forte teneur latina de Thalia Rosaura.

Née d’un père québécois et d’une mère colombienne – d’ailleurs présente telle une cheerleader dans l’assistance, on la salue! – Thalia maîtrise visiblement les codes de la chanson pop à la québécoise, mais sait comment y intégrer des ingrédients et des rythmiques, surtout, reggaeton, ou rappelant la salsa. Tout ça bien servi par une maîtrise vocale hors pair, il faut lui accorder ça. Elle a étudié le chant classique et son timbre soprano dessert très bien son projet.

Il y a de l’espagnol en masse dans les paroles, bien intégré aux propos francophones, et le mélange fonctionne très bien.

Les deux principaux bémols de la prestation de Thalia Rosaura, c’est le pacing, l’ordre des chansons, et le manque de profondeur de son répertoire.

Sa chanson Tú Y Tú est ce que les Anglos appellent un banger !  Une grosse toune pop rythmée, entraînante, facile à chanter dès la première fois qu’on l’écoute. Ça colle au cerveau comme du beurre d’arachides au palais!

Sauf que les autres chansons paraissent un peu plus fades en comparaison. Et la comparaison est d’autant plus dure lorsqu’elle interprète Tú y Tú en plein milieu de sa prestation, alors qu’elle devrait la garder pour la fin. Ça laisserait la meilleure impression au final.

Rien contre les autres chansons présentées sur la scène du Lion d’or, mais disons qu’on sentait un peu le remplissage, avec cette vieille « chanson de breakup dépoussiérée » (de son propre aveu), qui n’était pas désagréable du tout, mais qui semblait en effet provenir d’une autre époque pour la chanteuse. En revanche, ça fonctionne beaucoup mieux lorsqu’elle prend un moment pour jouer Marguerita – était-ce le titre? On ne semble pas la retrouver dans le document fourni par les Francouvertes… – en formule « acoustique » (accompagnée d’une basse électrique, donc les puristes diront que c’est pas acoustique, mais plutôt dépouillée), avec les garçons de son band aux claquements de mains et l’excellent jeu de basse habile de Fred Doston.

Ferrari, un peu plus drum n’ bass, nous a été livrée en toute fin de show, mais ce n’est pas le hit pop que l’artiste semble croire. Du moins, pas en nous fiant à cette version présentée au Lion d’or mardi.

L’essence du projet fonctionne : c’est original, inspiré. L’artiste ne manque pas de charisme, ni de voix. Bref, ça ferait un très bon show de 20 minutes dans le bon ordre. Faudra toutefois écrire quelques très bonnes chansons de plus pour bien remplir un show au complet. Ce qui nous laisse croire que sa participation aux Francouvertes est peut-être prématurée…

Verdict

Au final, Thalia Rosaura et Noëm auront l’occasion de poursuivre l’aventure, puisqu’elles se classent respectivement quatrième et cinquième au terme d’une sixième soirée sur un total de sept. C’est donc une présence assurée en demi-finale pour les deux dames de la soirée. Banc d’Parc rejoint pour sa part les projets éliminés.

Les places en demi-finales de Chaude Chaleur (7e), Kris Kinokewin (8e) et Dauphins (9e) dépendront des performances de ce soir : Irdens Exantus, Fyore et De Lafe. Grosse soirée, avec Kulcha Connection – blast from the past! – en ouverture.

ambiance francou2026(c)jaime antonio luna jpg web 6* Photo par Jaime Antonio Luna.

Palmarès après 6 soirs

  1. Luan Larobina (QUALIFIÉE POUR LES DEMI-FINALES)
  2. Mitaine (QUALIFIÉ POUR LES DEMI-FINALES)
  3. Spaghatt (QUALIFIÉ POUR LES DEMI-FINALES)
  4. Thalia Rosaura (QUALIFIÉE POUR LES DEMI-FINALES)
  5. Noëm (QUALIFIÉE POUR LES DEMI-FINALES)
  6. Komēdza (QUALIFIÉ POUR LES DEMI-FINALES)
  7. Chaude Chaleur
  8. Kris Kinokewin
  9. Dauphins

Exclusion des demi-finales : Banc d’parc, Colin Léo, Charlie Rivard, Bernadette, Kèthe Magané, MARIE NEIGES, Olivier Faubert, Roxane Reddy et TDH

Événements à venir

Vos commentaires