Loud

Francos de Montréal 2023 | Loud : Une célébration et exhibition du rap québécois devant des dizaines de milliers de personnes

« Ça, c’est le Rap », s’exclame le producer Ajust entre deux phrases de Loud sur Peinture à l’huile, issue de son nouvel album Aucune promesse. Il n’y a pas de doute que le rap était bien vivant sur la scène Bell des Francos de Montréal mercredi. L’influence de Loud se faisait sentir, et le soin du MC de faire découvrir ou re-découvrir une scène hip-hop québécoise (trop souvent marginalisée) aussi.

Loud commence la soirée sans attendre avec Provider, pièce qu’on retrouve également en amorce de son album Aucune promesse. S’ensuivent des pièces de ses trois albums : un extrait de #10, Hell, What A View, Fallait y aller, Nouveaux riches, I Said What I Said et Médailles.

Rien n’est laissé au hasard dans la vision dont fait preuve Loud. La performance de Peinture à l’huile, diffusée sur les grands écrans à travers un filtre noir et blanc s’inscrit dans un retour au sources du rappeur, tout en asseyant bien son époque à l’aide d’un gros « beat » de 808. La présence de batterie, jouée par Ryan Stevenson et présente sur la presqu’entièreté du spectacle vient appuyer le côté abrasif de la nouvelle palette de couleurs de Loud.

Le pont de la rivière Kwai est la dernière pièce avant l’arrivée de ses multiples collaborateurs.trices, de la relève hip-hop montréalaise aux grands noms du rap québécois.

 

Ce feu roulant s’amorce avec la tête d’affiche qui quitte pour laisser place à Sans pression et son classique Territoire Hostile.

Loud revient sur la scène accompagné du jeune rappeur natif de Congo-Brazzaville et nouveau sur la scène montréalaise Ya Cetidon. Les deux MC nous présentent Guiddy/Prince de la ville, chanson estivale et dansante qui sera lancée dans quelques jours.

Le collaborateur de toujours de Loud, Lary Kidd, fait enfin son apparition sur Sac de sport, tirée de son album Surhomme et sur On My Life, aussi partagée avec le rappeur 20some.

Souldia de Québec vient performer son Rêve de jeunesse sorti en 2020 avant que Connaisseur Ticaso, figure emblématique du rap Montréalais ne monte sur scène avec À Montréal en compagnie de Tyje, qualifié par Loud comme son idole de jeunesse.

Ce segment du spectacle se termine avec Parano, chanson de Lost sur son nouvel album de vingt-deux chansons (!) Héritage et deux pièces de Loud Lary Ajust : XOXO et Candlewood suites.

Toutes les générations du hip-hop ont leur place sur la scène de Loud ce soir qui, sans le dire vraiment, fait l’éloge du rap québécois dans son entièreté. On note que ce rap est toujours de qualité, toujours pertinent et surtout, toujours présent.

Loud retourne en mode « solo » avec Jamais de la vie pour un segment plus pop où le rappeur met son chapeau d’entertainer (ou plutôt sa casquette). S’enchaînent Sometimes, All the Time et Toutes les femmes savent danser, qui sont encore bien ancrées dans la tête de la foule qui chante les paroles.

Est maintenant venu le tour du groupe des trois rappeur.ses de Muzion de performer La Vi Ti Neg, sortie en 1999. Touchant de constater que la foule scande la mélodie du refrain encore aujourd’hui.

Loud enchaîne avec 56k, la chanson et vidéoclip qui l’a, selon lui, « mis sur la map » et termine le spectacle avec GG en duo avec le pianiste Louis-Joseph Cliche. La production minimaliste de la chanson est délaissée pour un piano-voix intime et fort. La conclusion magistrale de la pièce est gardée et un.e guitariste vient rejoindre le batteur, pianiste et drummeur pour une fin à la Kendrick Lamar.

Et puis, surprise après une vingtaine de secondes de silence : appuyées de visuels saisissants, Aucune promesse, TTTTT, Devenir immortel (et puis mourir) se succèdent. Hold up, qui a clairement été écrite pour le live s’ensuit. La foule s’anime lorsque le rappeur scande : « J’veux voir tout l’monde avec deux mains dans les airs parce que c’est un f*cking hold up ». Imposs du groupe Muzion ainsi que le jeune rapper Raccoon, qu’on verra à Osheaga cet été, rejoignent Loud pour le dernier rappel du spectacle, Win Win, qui est aussi la dernière de l’album Aucune promesse. Et puis, voilà! La boucle est bouclée.

Une chose est sure en sortant de ce spectacle, c’est que l’avenir du rap québécois est encore à venir, et qu’à la tête de ce mouvement, on retrouve Simon Loud.

Pierre De Maere

Dès 18h, Pierre de Maere foule la scène Loto-Québec avec l’irrévérence et l’énergie d’un artiste qui joue devant des dizaines de milliers de personnes, et on y croit! L’auteur-compositeur-interprète belge qui se dit « romantique et excessif », pareil au répertoire de son premier album complet franchement réussi nommé  Regarde-moi (chanson préférée : Enfant de) , réussit finalement à gagner le coeur d’une foule au départ peu réactive dans une température incertaine.

Quand l’artiste de 22 ans chante ses chansons Roméo, Menteur et Enfant de, un vent de jeunesse et de talent souffle sur la scène Loto-Québec; une production pop moderne s’imbrique à des influences de la culture belge, notamment du géant Jacques Brel.

La présence de batterie, de synthétiseurs et de basse en plus de séquences font en sorte que la production parfois un peu statique de l’album prend une dimension beaucoup plus dynamique et met en valeur l’excellent « songwriting » des chansons.

C’est lors de la pièce Regarde-moi que la foule se réveille, le chanteur invitant alors au « striptease ». Ce dernier commence par retirer son complet rouge vif à moitié, ce qui fait son effet. Pierre de Maere renchérit en retirant ses lunettes, ce qui malgré la simplicité du geste fait hurler la foule de plus bel. Le magnétisme de l’entertainer gagne finalement le coeur des festivaliers et les chansons qui suivent, dont son immense succès commercial Un jour, je marierai un ange, sont très bien accueillies.

Hier soir, Pierre Maere a donné son concert comme si c’était le dernier, et nous, on a eu l’impression d’assister à sa naissance. Bienvenue à Montréal, Pierre de Maere!

 

Lancement de Robert Robert

Une heure plus tard, Robert Robert se prépare pour le lancement de son album Bienvenue au Pays tandis que Grand Eugène assure sa première partie au studio TD.

Grand Eugène est le nouveau groupe de musique indie/dream pop montréalais de Jérémie Lachance et Melyssa Lemieux. Cette dernière ajoute sa voix soufflée aux sensibilités françaises à des instrumentaux qui peuvent conquérir le coeur de quiconque ayant un penchant pour Mac Demarco.

Le groupe enfile les chansons de son excellent premier EP (chanson préférée : Mon amour), composées par le guitariste du groupe Jérémy Lachance. Le bon goût et l’amitié ressortent du spectacle. Près de la scène, une personne danse les bras en l’air avec des lunettes fumées à l’intérieur, et c’est un peu ce que dégage Grand Eugène, la décontraction et la liberté.

Robert Robert fait son entrée devant une foule prête à sauter partout. Pour commencer son lancement, Arthur Gaumont-Marchand entonne la dernière chanson de l’album et single Télé avec une dose d’énergie et de vérité qui dès le départ incite le public à chanter les paroles. La majorité des pièces sur Bienvenue au pays (chanson préférée : Casser du sucre) sont des singalongs, pas parce qu’elles sont faciles à mémoriser à la première écoute, mais parce que sur cet album, on ne parle pas pour rien dire.

Dans cette lignée, Robert Robert n’a pas besoin de dire grand chose entre les pièces : les pièces parlent d’elles-mêmes et la production avec Benoît Parent, audacieuse, parfois hyper-pop ressort extrêmement bien dans les mains des musicien.nes que Robert Robert présente comme « (ses) colocs ». Dès le début, Robert Robert a une présence magnétique. L’auteur-compositeur-interprète et ancien producteur électronique donne l’air d’un preacher lorsqu’il chante  « On grandit malgré nous, mais j’veux bien essayer d’être vieux » sur scène, mais qui « preach » la vulnérabilité et le « selfcare ».

L’énergie vive de l’artiste est bien complémentée par celle plus détendue de Jeanne Gagné (Soraï) à la guitare. Au milieu du spectacle, on lance des fleurs jaunes sur la scène. On avait pas le choix de lancer des fleurs à celui qui nous a offert un lancement d’aussi grande qualité et un album qui défie les règles de la musique pop au Québec, le tout appuyé de paroles d’une sincérité qui donne du réconfort à quiconque écoute.

 

Choses sauvages

À 20h, c’est Choses sauvages qui prend d’assaut la scène Loto-Québec. Ils sont sept sur scène et on a l’impression de regarder un tableau dansant, chacun.e dans son carré respectif, mais bien dynamique. Pour ce qui est du son, ce n’est pas une surprise qu’il s’agit là d’un spectacle très solide musicalement, le tout dans une ambiance funk allant du psychédélisme au new wave.

La collaboration avec Laurence-Anne sur Colosse, tirée de leur album Choses sauvages II (chanson préférée : Conseil solaire) prend ses ailes en live. Mort de peur, sortie en avril dernier amène pour sa part un côté plus électronique au son du groupe. Très groovy comme d’habitude, le public ne manque pas de danser, les bras en l’air et l’esprit tranquille.

On vit la première partie du spectacle comme témoins d’un party sur la scène, les membres du groupe étant dans la bulle collaborative qu’on leur connaît. Et puis on semble nous ouvrir la porte aux deux-tiers du spectacle, alors qu’un moment attendu du public arrive : le moment où Félix se met en bedaine. On cherche alors le Félix rebelle et déjanté et on le trouve.

Choses sauvages n’a pas dit son dernier mot dans cette « drôle de job », comme le dit Félix Bélisle, conseillant par la suite de ne pas arrêter de pratiquer. En espérant que ce single Mort de peur soit le premier de quelque chose.

 

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Robert Robert

 

Choses sauvages

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