François Pérusse : Du snack-bar à l’OSM | L’audacieux pari d’un Pérusse symphonique…
Comme le soulignait un ami sur Facebook : « c’est une bonne semaine pour avoir eu 18 ans en l’an 2000 ». Au lendemain d’un grandiose et tonitruant concert de Nine Inch Nails au Centre Bell, on avait droit mardi à rien de moins qu’un concert symphonique mettant en vedette le Dieu des « Albums du peuple », François Pérusse, et l’Orchestre symphonique de Montréal. Après « God Is Dead » et « God Is An American », au tour de « Ce qu’il y a de mieux, c’est encore Dieu », avec cordes, cuivres et percussions s’il-vous-plaît!
Si on m’avait dit, en l’an 2000, que vingt-six ans plus tard, les gens paieraient plus de 150$ pour aller entendre des versions symphoniques des chansons de François Pérusse dans une salle huppée de Montréal, je ne l’aurais pas cru. Et pourtant, non seulement la soirée affichait complet, il y a trois autres représentations de cette intrigante proposition présentée en plein mois de février.
Imaginez maintenant ce que ça doit représenter du côté de l’artiste. « J’ai travaillé pendant 36 ans avec juste un micro, habillé en pantalon de jogging, et là je suis devant vous ce soir! », lance-t-il à un moment de la soirée. On peut l’imaginer nerveux, et il ne s’en cache pas. Son premier concert à vie survient à l’âge de 65 ans, et il doit interpréter des chansons que son public connaît nettement mieux que lui.
Parce que, faut-il le rappeler, le concepteur des Deux minutes du peuple a créé à la chaîne, durant des années, une quantité hallucinante de capsules et de chansons comiques et/ou parodiques à un rythme effréné en passant toujours rapidement à autre chose. Si nous, on a écouté mille fois en trente ans Assis sur mon tracteur ou Caroline, lui, il ne les a qu’enregistrées, il y a longtemps.
Un premier concert à vie
On peut alors comprendre sa nervosité évidente à l’idée de se produire pour une toute première fois à vie sur scène afin de défendre des petites oeuvres cultes qu’il n’a jamais répétées. Il pouvait sans doute se rassurer en se sachant bien entouré. Pas moins de 75 musiciens de l’OSM l’appuyaient musicalement, dirigés sous la baguette du chef Simon Rivard. Mara Tremblay et Marie-Pierre Arthur faisaient office de choristes de luxe, excellentes et naturelles évidemment, pour l’aider à atteindre les notes aïgues qu’il a parfois osé enregistrer sans jamais penser qu’il devrait un jour les refaire sur scène… à 65 ans!
Question d’être encore plus à l’aise, la famille prête aussi main forte : ses fils Frédéric et Jaco Yale Pérusse, respectivement bassiste et batteur, l’accompagnent sur scène pour quelques chansons. Le talent coule dans les veines des Pérusse ; les deux jeunes hommes sont fort talentueux, et semblent tout à fait décontractés dans un contexte de performance !
Il y a aussi l’ami Breen Leboeuf qui vient faire son tour. On y reviendra.
Mais la question sur toutes les lèvres était : comment des chansons de François Pérusse se transposent-elles en version symphonique? Et aussi, comment l’humoriste radio qui s’est concentré pendant plus de trois décennies sur du travail audio enregistré et monté parviendra-t-il à se défendre sur une scène, devant un public, à chanter sans les effets auxquels on est habitué pour ses personnages?
Parce que le test du passage à la scène a déjà été fait : on se rappelle d’un excellent Gala Juste pour rire hommage à Pérusse en 2015. Ou du Carrefour du peuple, petit spectacle à sketchs présenté dans le Quartier des spectacles il y a quelques étés. Deux réussites, certes, mais portés par des artistes de scène – humoristes, comédiens, chanteurs-euses professionnels, etc. – qui lui rendaient hommage. Mais lui, sur scène?
Force est d’admettre qu’il lui faudra du temps et de la pratique pour trouver son aise. Le charisme de scène ne s’invente pas ; ça se pratique, ça s’acquiert, ça se perfectionne. L’Appendice Julien Corriveau a certes travaillé avec lui sur une mise en scène efficace pour l’aider à savoir comment bouger, comment se déplacer sur cette scène chargée. Mais Pérusse n’a jamais été un animateur de foule, et ça paraît forcément un peu. Tout comme il n’est pas, disons-le, un chanteur doté d’une voix qu’on associerait à un concert symphonique.
Alors quand on le voit débarquer sur scène en complet noir, avec son petit micro-casque de théâtre, il inspire davantage un animateur d’infopub qu’une légende de l’humour. Évidemment, on regorge d’amour à son endroit, et c’est ce qui sauve la mise. Après tout, c’est surtout ça le happening de ce Pérusse Symphonique : c’est enfin l’occasion d’aller le voir à l’oeuvre et lui exprimer tout l’amour qu’on a pour lui, pour son matériel qui nous a marqué durant toutes ces années, pour son apport à l’imaginaire collectif. C’est une opportunité d’aller lui dire : on t’aime, Pérusse! Et le public ne se gênera pas pour le faire. Personne ne le mérite autant que lui.
Il y a forcément quelque chose de comique à entendre un orchestre de 75 musiciens interpréter des airs humoristiques. Reste que la plus-value de l’orchestre pour interpréter Mon p’tit chien, ou Mon prof de gym par exemple n’est pas vraiment là. Un simple band aurait pu faire le même travail et provoquer la même hilarité.
C’est plutôt vers la fin du spectacle qu’on va entendre des moments plus intéressants musicalement parlant : lorsque le père et ses deux fils vont se faire plaisir à interpréter Black Cat de Gentle Giant – non non, pas une parodie, mais bien l’originale – ou Mes blues passent pu dans porte de Breen Leboeuf, chantée avec brio par Breen Leboeuf, sous le regard admiratif de son ami Pérusse. Ou Guy y’a un bicycle jaune, qui est, après tout, une parodie de la chanson Me and Mrs. Jones de Billy Paul, somptueux morceau soul de 1972 qui convient très bien à un orchestre.
Un exercice de gratitude
Pour le reste, on se bidonne des interactions, malgré un rythme qui boite par moments, ce qui est normal pour un humoriste dont la plus grande qualité est le rythme débridé de ses sketchs qui bénéficient d’un montage audio chirurgical, ce qu’on ne peut évidemment pas faire sur scène. Les échanges avec les musiciens sont sympathiques, mais l’idée s’essouffle un peu à la longue.
Le fan moyen de François Pérusse va forcément passer une belle soirée, parce que c’est ce qui arrive lorsqu’on lui permet de vivre en gang des moments liés à ces répliques, personnages et chansons si ancrés dans notre imaginaire. Et parce que cet artiste si longtemps confiné dans son studio sort finalement pour accepter l’amour qu’on lui voue. Les maladresses et défauts d’un tel spectacle – qui en était à sa toute première répétition devant public rappelons-le – ne devrait pas nous enjoindre à bouder notre plaisir.
Il y a tout de même lieu de se demander si un tel exercice nécessitait de mobiliser un orchestre, alors qu’un simple band et des billets plus abordables auraient rempli grosso modo le même rôle…
Grille de chansons
- Medley ouverture
- Mon p’tit chien
- Assis sur mon tracteur
- Grosse guedille
- C’est encore Dieu
- Fadeli fadela
- Woke Up This Morning
- Le soleil
- Medley Caroline + Ton ancien chum
- Medley « Pour un flirt », « C’est belle une fille »
- Mon prof de gym
- Bloc pubs
- Bonne fête
- Ma chérie (Blé d’Inde)
- Medley turlute (« Tout le monde est malheureux », « Ma p’tite Scandinave »)
- Medley blues-jazz (« Siffleux », « Une fois »)
- Medley famille (« Black Cat », « 3 p’tits points »)
- La staga
- Mes blues passent pu dans porte
- Snack Bar chez Raymond
- Guy y’a un bicycle jaune
Photos en vrac
- Artiste(s)
- François Pérusse, Orchestre Symphonique de Montréal, Pérusse symphonique - Du Snack bar à l'OSM
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Maison Symphonique de Montréal
- Catégorie(s)
- Classique, Humour,
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