Fermeture du La Tulipe : Une conclusion aux litiges (mais des enjeux toujours réels)
La longue saga judiciaire entourant la salle de spectacle La Tulipe a connu son dénouement mardi soir. Par voie de communiqué, les SMAQ (Scènes de Musique Alternatives du Québec) nous apprennent que la mairesse de l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, Cathy Wong, a annoncé la conclusion d’une entente entre l’arrondissement et Pierre-Yves Beaudoin, voisin de l’établissement, mettant officiellement fin aux litiges qui ont mené à la fermeture du lieu culturel en septembre 2024.
Aux termes de l’accord, l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal versera une somme de 350 000 $ à M. Beaudoin. En contrepartie, ce dernier s’engage à mettre fin à l’usage résidentiel du bâtiment adjacent à La Tulipe et à en rétablir un usage commercial. Il renonce également à toute contestation, actuelle ou future, liée aux activités de la salle de spectacle. Les deux parties, qui s’affrontaient devant les tribunaux depuis plusieurs années, se consentent une quittance complète, fermant la porte à tout recours ultérieur dans ce dossier.
Selon l’arrondissement, cette entente marque la fin d’un conflit devenu emblématique des tensions entre activités culturelles et voisinage résidentiel au cœur de la métropole. La Tulipe, salle historique du Plateau, pourra ainsi envisager un retour à sa vocation culturelle, après près de 18 mois de silence. Reste à voir quand et comment le lieu pourra reprendre ses opérations après tous ces mois de tumulte…
Le milieu culturel accueille la nouvelle avec soulagement, mais sans triomphalisme. Les Scènes de musique alternatives du Québec (SMAQ) ont salué une issue qui permet la réouverture éventuelle de la salle, tout en qualifiant le règlement d’« imparfait ». « Si la réouverture de La Tulipe constitue une victoire importante pour le milieu culturel, sa fermeture aurait pu être évitée », a souligné le directeur général des SMAQ, Jon Weisz. L’organisme se dit également préoccupé par le précédent que pourrait créer cette entente. « Nous craignons que d’autres riverains soient tentés de déposer des plaintes dans l’espoir d’obtenir des règlements similaires », a-t-il ajouté.
Sur le plan juridique, le conflit semblait pourtant en voie de résolution depuis l’automne dernier. En novembre 2025, la Cour supérieure du Québec avait confirmé la caducité de l’injonction qui visait La Tulipe, à la suite de la modification du Règlement sur le bruit du Plateau-Mont-Royal. Cette décision ne mettait toutefois pas un point final au dossier : le jugement pouvait être porté en appel et le plaignant conservait la possibilité de déposer une nouvelle demande d’injonction fondée sur d’autres arguments juridiques. L’entente annoncée mardi vient donc écarter ces incertitudes.
Malgré ce règlement, plusieurs enjeux structurels demeurent entiers. À ce jour, ni le Plateau-Mont-Royal ni l’arrondissement de Ville-Marie n’ont adopté de nouveau règlement sur le bruit adapté à la réalité des salles de spectacles. Pour les acteurs du milieu, cette absence de cadre clair continue de fragiliser les lieux culturels montréalais et d’exposer promoteurs et exploitants à de nouveaux conflits de voisinage.
Dans ce contexte, les SMAQ réitèrent leur volonté de collaborer avec les autorités municipales afin de mettre en place des mécanismes durables de cohabitation. L’association plaide notamment pour l’adoption du principe de l’« Agent de changement », déjà en vigueur dans plusieurs grandes villes culturelles à travers le monde. Cette approche prévoit que les nouveaux projets résidentiels implantés à proximité de lieux culturels existants assument la responsabilité d’assurer une insonorisation adéquate, plutôt que d’imposer des contraintes supplémentaires aux salles déjà en activité.
Si l’entente met un terme à l’un des conflits les plus médiatisés de la scène culturelle montréalaise, elle relance du même souffle le débat sur l’équilibre entre développement urbain, qualité de vie des citoyens et vitalité artistique. Pour La Tulipe, la page se tourne enfin. Reste à voir si la métropole saura tirer les leçons de cette affaire afin d’éviter que d’autres salles connaissent le même sort.
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