Faith No More
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Faith No More (avec Refused) à Boston | Un avant-goût de Heavy Montréal

Vingt-trois ans jour pour jour après l’émeute du Stade, Heavy Montréal ramènera finalement Faith No More à Montréal ce samedi. Le groupe est présentement en tournée nord-américaine en compagnie de la formation hardcore suédoise Refused, et Sors-tu.ca s’est rendu au Blue Hills Bank Pavilion de Boston, ce mardi soir, afin de vous offrir un petit aperçu de ce à quoi les fans du groupe peuvent s’attendre pour ce retour en force.


Pour ceux qui l’ignorent, Faith No More avait fait la pluie et le beau dans le circuit du métal alternatif au cours des années 1990, voire même la fin des années 1980. Avec l’arrivée de Mike Patton à titre de chanteur vers 1989, le groupe de San Francisco était propulsé par l’immense succès de l’album The Real Thing, et son single Epic. Cela s’est poursuivi avec Angel Dust – l’album s’étant le mieux vendu globalement avec 2,5 millions de copies écoulées – en 1992. C’est d’ailleurs dans le cadre de la tournée de cet album que FNM se produisait au Stade lors de sa dernière visite à Montréal.

Pour ceux qui ne se rappellent plus de l’émeute du Stade, on pourrait résumer grossièrement en disant que Guns N’ Roses, Metallica et Faith No More devaient tous se produire tour à tour au Stade Olympique le 8 août 1992, et que FNM fut le seul groupe à offrir une prestation complète. Le chaos qui s’ensuivit fut pour le moins légendaire, n’est-ce pas Geneviève Borne ?

Deux albums plus tard, le groupe s’est séparé en 1998. Il a fallu attendre onze ans avant de les revoir à l’oeuvre sur scène. En mai dernier, soit plus de 17 ans après le précédent Album of the Year, la formation revenait avec un 7e album, le très bon Sol Invictus. Et après 23 ans d’attente, la patience des fans sera récompensée par un spectacle qui s’annonce assez intense merci.

 

Au royaume céleste de Faith No More

Si 1998 marquait la mort du groupe, la présente tournée est comme une rencontre avec eux aux Champs Élysées du rock’n’roll.  Le décor est à l’avenant : la scène est blanche immaculée – y compris les amplis et les accessoires de scènes – et ornée d’une quantité impressionnante de fleurs de toutes sortes de couleurs.

Le chanteur Mike Patton, le batteur Mike Bordin, le bassiste et membre original Billy Gould, le claviériste et aussi membre fondateur Roddy Bottum ainsi que le guitariste Jon Hudson sont tous fringués de vêtements amples blancs, comme une secte de l’au-delà qui s’agence parfaitement au décor. Visuel pour le moins particulier pour un groupe qui a toujours offert une musique féroce, parfois sombre, souvent tordue.

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Encore en grande forme

En débutant avec The Real Thing et Be Aggressive, il semble bien clair que Faith No More proposera du nouveau matériel mais pas que ça. La basse gronde rondement, la guitare mord fort, et Bordin – qui a aussi joué avec Ozzy Osbourne, rappelons-le – n’a plus 20 ans, mais il martèle la cadence avec une vigueur époustouflante. Comme le faisait remarquer un spectateur, un technicien semble avoir pour principale tâche de l’hydrater régulièrement en l’abreuvant d’eau entre chaque chanson, comme un bébé oiseau. Pas facile, le rock’n’roll, à 52 ans.

Patton, lui, est égal à lui-même. C’est-à-dire un demi-dieu du chant. Avec ses six octaves, le magazine VVN Music confirmait scientifiquement qu’il était le chanteur à la gamme vocale la plus étendue de la musique pop, devant David Lee Roth, Axl Rose, Mariah Carey et Corey Taylor, rien de moins.  Et ce n’est pas près de changer.

Mike Patton. Photo par Marc-André Mongrain

Entre les moments de chant, il jète quelques regards menaçants ou amusés aux premières rangées, puis circule en rond et sautille comme un boxeur en train d’étudier son adversaire, avant d’empoigner le micro, de s’étrangler avec le fil et d’attaquer chaque note avec la force d’un jeunot. Que ce soit en mode crooner, en chant plus classique ou en beuglant, il ne rate aucune note et infuse de l’intensité aux chansons déjà fougueuses.  Dommage toutefois que ses bidules à effets liés à son talkie-walkie ne semblaient pas donner l’effet escompté. Petit pépin technique sans doute.

Peu importe, les classiques y passent : Epic en cinquième titre de la grille de chansons, Midlife Crisis, A Small Victory, Caffeine, Ashes To Ashes, et même la truculente reprise d’Easy, des Commodores, entrecoupées de titres du nouveau disque, qui font bonne figure au sein de ce répertoire.

Durant Just A Man, au rappel, Patton a mis la touche finale en se projetant sans avertissement dans la foule, qui l’a maintenu en bodysurfing pendant deux ou trois bonnes minutes.

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Au bout de 90 minutes de spectacle, le groupe avait soulevé les 5000 enthousiastes réunis sous le dôme peu chaleureux du Blue Hills Bank Pavillon, ce qui n’est pas une mince tâche, étant donné le parterre un peu froid muni de chaises de plastique. On aurait préféré une configuration « admission générale », mais peu importe. Des retrouvailles pleinement réussies.

 

Refused

En début de soirée, le groupe punk suédois Refused, qui était de passage au Rockfest en juin dernier, avait la tâche pas facile de mettre les gens en appétit, même si le pavillon était à moitié vide, et pas très réceptif.

Qu’à cela ne tienne, le chanteur Dennis Lyxzén ne fait jamais les choses à moitié et son intensité, doublée de celle des guitares violentes et de la batterie assassine, n’allait pas laisser place à l’indifférence. Que nenni.

Dennis Lyxzén Dennis Lyxzén, de Refused. Photo par Marc-André Mongrain.

Lyxzén s’est même payé une petite visite dans la foule, circulant debout parmi les chaises jusqu’au milieu de la salle, et gueulant à tue-tête les textes incendiaires des chansons du chef d’oeuvre The Shape Of Punk To Come et du nouvel album, Freedom, paru au début de l’été. À défaut de recevoir l’énergie de la foule, il est carrément allé la chercher.

refused-boston-2015-03Véritable bête de scène, le leader du groupe donne tout ce qu’il a et multiplie les petits pas de danse et les mouvements de karaté. Fascinant à voir.

La situation de Refused est semblable à celle de Faith No More au fond : le groupe s’est séparé à la fin des années 1990, avant de revenir sur scène il y a quelques, et avec un premier nouvel album en plus de 15 ans cet été. Un retour tout aussi réussi que celui de FNM.

Espérons qu’on puisse les revoir à Montréal bientôt, peut-être en 2016.


 

Grille de chansons (Faith No More)

The Real Thing
Be Aggressive
Everything’s Ruined
Evidence
Epic
Black Friday
Caffeine
Midlife Crisis
A Small Victory
The Gentle Art of Making Enemies
Easy
Separation Anxiety
Matador
Ashes to Ashes
Superhero

Rappel

Motherfucker
Just a Man

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