Entrevue avec les créateurs de Nomme-moé | Pas de filtres, on joue cash!
Si on vous dit de penser à une femme, n’importe laquelle, quelle est l’image qui vous vient en tête? Pour beaucoup, l’image de la femme en talons hauts, aux jambes rasées et à la coiffure parfaite monte à l’esprit. La « femme publicité », quoi, gracieuseté de nos amis américains et leurs standards normatifs de beauté. Dans sa nouvelle création, mise en scène par Olivier Morin, Elisabeth Sirois s’attaque à la vision de la féminité quasi unique et propose une approche plus large de la femme. Et ce n’est pas forcément poli, gracieux! C’est plutôt cash, direct. Mais surtout : c’est réaliste. Nomme-moé sera joué pour une première fois le 3 mars prochain, à l’Espace GO, et restera à l’affiche pour plus de deux semaines ensuite.
« On casse les diktats, mais on n’est pas en train de dire aux autres quoi faire. On montre juste des femmes qui ont une définition très valide et propre de la féminité », nous raconte Elisabeth Sirois, en entrevue.
« Si ce n’est pas soi, c’est une sœur, une tante, notre mère. On a tous en soi une femme hurlante et libre. Qui est choquée, indignée. Mais ce n’est pas revanchard, jamais », ajoute Olivier Morin.
La pièce raconte l’histoire de deux amies inséparables, Eve et Chloé, qui s’adonnent à un jeu, au premier abord inoffensif : « nomme-moé ». « Nomme-moé cinq marques de souliers », ou « nomme-moé cinq raisons de tromper son chum ». Plus le récit avance, et plus les « épices » embarquent dans les questions, dit Olivier Morin. Plus le terrain devient glissant. Et pourtant, il ne faut pas attendre avant que des enjeux intéressants se fassent entendre.
« Ça commence plus en surface, et même des trucs qui ont l’air de rien, il y a toujours quelque chose qui s’exprime en dessous, lance-t-il. Ça, c’est une des grandes qualités du texte. Sous les airs de trivialité, il y a des questions économiques, personnelles, intimes. C’est vraiment très profond, qui perce entre les dalles. »
Rejeter le carcan normatif
Dans la bande annonce du spectacle, Myriam Fournier, deuxième moitié du duo d’actrices au centre de la pièce, apprend à Elisabeth Sirois qu’une femme ne pourrait plus « faire caca normalement si elle a trop porté de talons aiguilles dans sa vie ». S’ensuivent sacres et autres mots plus cash qui définissent, en partie, la pièce. « C’est comme si on avait accès à la chambre de hockey, qu’on entend des choses qu’on n’est pas supposé entendre, des choses que le coach dit à ses joueurs, et que les joueurs se disent entre eux. La chambre de hockey de l’amitié féminine! », dit Sirois à propos de son texte. « Quand on voit [ce vocabulaire] dans la fiction, ça va souvent, justement, être des femmes qui sont non éduquées, défavorisées, ou en état de crise. Alors que pour moi, c’est deux femmes qui sont juste en train de se parler normalement, qui discutent avec cette verve-là, ces épices-là, sans se questionner. Je vois pas pourquoi elles auraient du souci à se censurer », poursuit-elle, ajoutant qu’elle se dit adepte du réalisme, et même de « l’hyperréalisme » dans son art.
L’image de la femme est au cœur de tous les débats sociologiques depuis des décennies, et la question progresse, mais il y a encore du chemin à parcourir, explique Elisabeth Sirois. « On va valoriser les femmes, par exemple, qui vont dire publiquement qu’elles vont avoir recours à des chirurgies esthétiques. On va dire “Ah, c’est beau l’honnêteté, c’est important d’en parler.” Mais personne ne demande pourquoi elles font ça. Pourquoi les standards sont si différents pour les hommes et les femmes. Tout ça, dans la pièce Nomme-moé, c’est exposé d’une façon, je l’espère en tout cas, très drôle, puis qui fait du bien. Qui est juste pour donner un gros coup de pied dans le nid de guêpes. »
Olivier Morin, qui est également derrière la troupe le Théâtre du Futur, détaille à qui s’adresse Nomme-moé. « C’est un show populaire, c’est un vrai show pour tous. Pour ceux qui pensent que le théâtre est élitiste : non, là, ce n’est pas le cas », annonce-t-il. « C’est sans filtre, c’est à cœur ouvert, c’est fucking drôle! Il y a beaucoup d’affaires qui ne se disent pas, qui se disent, et c’est bien correct. »
Le show est zéro dans une perspective de faire la morale, de donner la leçon ou de donner l’exemple. À la limite, il y a quelque chose de libérateur là-dedans.
– Olivier Morin
Et alors, qu’est-ce que les spectateurs devrait retenir de Nomme-moé après avoir assisté à la pièce? « Mon fantasme, c’est qu’ils aient passé un moment excitant, et que ça leur donne envie de s’exprimer plus librement. On n’est pas obligé de maquiller son discours, son visage, son apparence. On peut juste être soi, puis s’assumer, et ça fait du bien. Si ça inspire des gens, je serais vraiment comblée », conclut Sirois.
Ode à l’amitié féminine enrobée dans des situations provoquant le malaise et dans un langage particulièrement cash, Nomme-moé sera présenté à l’Espace GO du 3 au 21 mars prochain. Vous pourrez vous procurer des billets pour l’une des 14 performances du spectacle en cliquant juste ici.
* Cet article a été produit en collaboration avec l’Espace GO.
Événements à venir
-
mardi
-
mercredi
-
vendredi
-
samedi
-
mardi
-
mercredi
-
jeudi
-
vendredi
-
samedi
Vos commentaires