Jontae McCrory - Brian Mendez - Chivengi & G Mako

DULCE à TANGENTE | Immersion plurielle et retenue dans l’univers ballroom

Que le ballroom vous évoque la très bonne série Pose, le dernier concert de Madonna ou rien pantoute, savoir que c’est bien plus qu’un concours niché qui consiste à performer sur des talons vertigineux est pertinent à bien des niveaux. Loin d’avoir la prétention de retracer toute l’Histoire derrière ce phénomène culturel LGBTQIA2S+, Dulce aspire à donner au public quelques clés de lecture et de compréhension. Malheureusement, certaines serrures sont plus résistantes que d’autres.

Pourtant, le spectacle se veut un excellent exercice d’ouverture (et on arrêtera là les métaphores de portes). De manière très succincte, le ballroom désigne un système de maisons qui se mesurent les unes aux autres lors d’évènements, que l’on appelle des bals. Ces compétitions peuvent inclure de la danse – le fameux voguing – mais aussi du drag et des imitations de genres ou de classes sociales. Et ce n’est pas si souvent que l’on peut assister à une telle démonstration. Le ballroom semble en effet évoluer en circuit fermé, alors que tout le monde peut en profiter et gagner à en apprendre plus.

En une heure, Jontae McCrory, Brian Mendez, Chivengi et G Mako ont donc l’ambition de présenter un certain nombre de facettes de ce mouvement, que ce soit la gestuelle de danse, l’attitude et les codes, ainsi que la dimension de performance. Ces artistes veulent aussi nous éveiller à une perspective plus sombre qui parle de ségrégation, de racisme, d’homophobie et de rejet sous toutes ces formes. Un contexte plus confrontant qui est pourtant à la base de l’émergence du ballroom

La représentation se décline en trois parties distinctes. D’abord, un duo sur pole dance évoluant dans un style contemporain et hautement sensuel. Puis, un passage plus sujet à interprétation, abordant la nécessité de séduction, de perfection et ses dérives. Finalement, une dernière partie plus show off, dans laquelle les artistes exécutent des mouvements de voguing, parmi les plus connus. S’en suit une projection mettant en évidence les traumas de la communauté noire et queer. Le final en lumière directe sur les corps à demi nus est un moratoire à la liberté et au refus de rester dans l’ombre.

ballroom photo pierre tran 04* Photo par Pierre Tran.

Le paradoxe de Dulce repose sur le rythme. Alors que les soirées ballroom sont plutôt festives, le spectacle se caractérise davantage par une expression lente et retenue. Bien sûr, il n’est pas juste question de ce courant artistique ; il n’empêche que de l’embrasser dès le départ pour ensuite y octroyer un côté plus revendicateur, aurait peut-être permis de garder les esprits absorbés. Le segment central notamment, s’effectue sans son ni musique ni lumière. Et bien que l’exploration y soit plus sensible – on y évoque le rapport au corps et au degré de désirabilité suscité – l’attention risque de flancher à cause des longueurs dans la mise en scène. Des objets sont déplacés, puis repositionnés, lâchés à terre et plusieurs minutes s’écoulent avant de saisir le propos et par extension, d’être dans l’empathie.

jontae mccrory, brian mendez, chivengi & g mako dulce credits: jontae mccrory artistic direction, choreography and performance brian mendez artistic direction, choreography and performance g mako sound composition and performance chivengi sound co* Photo par Sandra Lynn Bélanger.

Lorsque la dernière partie arrive, on reconnecte avec des éléments que l’on connait et qui nous parlent. Ce segment – impressionnant, mais court – aurait été une bonne introduction pour nous emmener ensuite vers des terrains moins visibles. Le collectif a décidé de le présenter en dernier, ce qui n’enlève rien à la force du message, mais, vous l’aurez compris, nuit quelque peu à la compréhension et à la concentration. Bien que l’on puisse saluer le parti pris, Dulce, par sa dynamique particulière, risque de laisser certains publics sur la touche.

Cela dit, si la curiosité vous gagne, allez faire un tour à la SAT vendredi 20 février à partir de 18 h 30. Vous assisterez à l’équivalent des Oscars du ballroom, et découvrirez un évènement exceptionnel et bien trop rare.

Détails et billets pour Dulce, qui est présenté jusqu’au 22 février, par ici.

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