
Dis-moi qui tu es, je te dirai ce que tu dis au Théâtre La Licorne
Après les succès de Comment je suis devenu musulman (2018) et Je suis un produit (2021), le dramaturge Simon Boudreault récidive en 2025 avec son humour mordant à La Licorne avec Dis-moi qui tu es, je te dirai ce que tu dis, une comédie à tableaux qui porte un regard à la fois satirique et sensible sur le vivre ensemble à notre drôle d’époque.
Qui ne s’est jamais retrouvé à marcher, voire à patiner sur des oeufs dans une situation sociale, pour dire la bonne chose et ne pas dire la mauvaise à son interlocuteur, en confrontant ainsi ses valeurs, ses préjugés et son ignorance? Dans notre société en perpétuel changement, où ce que l’on pensait être acquis est sans cesse remis en question et où ce qui était relégué au second plan demande à être inclus dans le discours public, il n’est pas toujours facile de naviguer dans l’océan social sans faire de vagues. C’est ce défi des relations humaines actuelles que Simon Boudreault a voulu mettre en scène, en faisant dire tout haut à ses personnages ce que tout le monde pense tout bas.
Dans Dis-moi qui tu es, je te dirai ce que tu dis, différents enjeux contemporains et rapports sociaux sont présentés à travers le prisme de la satire dans des tableaux, le tout dans un texte drôle, intelligent et audacieux. Si le thème principal de la pièce est le rapport entre le message et le messager, comme en témoigne l’intervention de nouvelles technologies à la fois réelles et fictives et du personnage très comique de la « didascaliste », qui révèle aux spectateurs les pensées des personnages, Simon Boudreault s’aventure aussi sur la pente raide des accommodements raisonnables tout en abordant les thèmes de la quête identitaire, de l’obsession de la compétition, de la recherche de sens et d’équilibre et des préjugés. Il mobilise tous les types de comique, interprétés avec brio par les comédiens et joue avec le malaise, jusqu’à le susciter chez le spectateur, qui ne peut pas éviter de se reconnaître dans ces situations sociales. Bien que dans certains tableaux, le comique soit poussé à l’extrême, jusqu’à manquer tomber dans la lourdeur, il évite cette dernière en illustrant très bien les excès de notre société.
Cette pièce s’amuse avec les préjugés. Ces fameux préjugés dont on ne peut pas se passer. Parce que c’est rassurant de mettre l’autre dans une boite, une case, un groupe, un clan. Ça nous donne la fausse impression qu’on le comprend parce qu’on sait qui il est. Donc on sait comment il pense. Donc on sait ce qu’il va défendre, ce qu’il va voter, ce qu’il va aimer, ce qu’il va détester, ce qu’il dit et ce qu’il va dire avant même qu’il ait le temps de réfléchir à ce qu’il pourrait dire. Nous on le sait. Des préjugés on en a tous. Même là où on pensait qu’on n’en avait pas. On en a. Les préjugés sont tenaces. Cette pièce les ébranle, les chatouille, les gosse, les shake et les embrasse. – Simon Boudreault
Malgré le comique prépondérant et assumé de la pièce, celle-ci est aussi une réflexion sur l’humanité des relations sociales. En effet, la pertinence des thèmes traités, l’authenticité du jeu des interprètes et l’écriture empreinte de sensibilité nous fait réfléchir aux différentes façons de rendre nos interactions plus humaines dans une société de plus en plus technologique et polarisée. Ainsi, les maux de notre époque comme la solitude et la dépression, et les émotions qui en découlent sont représentés avec justesse et délicatesse. Parce qu’après tout, malgré nos différences et nos préjugés, on veut simplement être aimés et heureux.
Dans la lignée des grands dramaturges comiques avant lui, qui se sont moqués des travers de leurs contemporains par la comédie malgré les difficultés de leur époque, Simon Boudreault, qui trouve notre époque « rushante », désamorce les tensions sociales et évite la tragédie par le rire salvateur et cathartique. Si « on vit une drôle d’époque », comme le dit Lorraine Côté, metteure en scène de la pièce, quoi de plus à-propos qu’une comédie? Dans certaines situations, mieux vaut en rire qu’en pleurer, comme on dit.
La pièce Dis-moi qui tu es, je te dirai ce que tu dis est présentée jusqu’au 27 avril. Pour vous procurer des billets, visitez le site de La Licorne.
- Artiste(s)
- Simon Boudreau
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre La Licorne
- Catégorie(s)
- Canadien, Culture,
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