Total Crap

Critique | Philémon Cimon avec le Quatuor Molinari au Cinéma L’Amour

C’était une drôle d’idée. Une drôle de bonne idée. 


De passage à notre émission de radio le jour même, Philémon Cimon nous a raconté que le concept de base provenait de l’imaginaire tordu de Frédéric Lambert, du Quatuor Molinari. C’est à lui que l’on doit à la fois l’idée de rehausser les chansons de Philémon par le biais d’arrangements de cordes somptueux, mais aussi le choix du lieu inusité : ce cinéma centenaire presque intact, temple de l’érotisme et de l’échangisme, rue St-Laurent.

Le concert avait lieu à 23h, parce qu’avant ça, le cinéma présentait des films porno, comme d’habitude. La clientèle régulière se dissipait pendant que les fans de Philémon faisaient la file à l’extérieur. Devant le guichet d’accueil vintage du cinéma, on avait installé un petit comptoir permettant de servir des bières de microbrasserie, juste devant l’étalage de DVD XXX. Comme si le tout-Mile-End cohabitait l’instant d’une soirée avec ce mystérieux vestige d’un passé pas si lointain où Montréal était mondialement reconnu comme la ville aux moeurs légères par excellence.

À l’intérieur de la salle, les lumières étaient tamisées, et on y est allé fort avec la machine à boucane, sans doute pour créer une ambiance au croisement d’un concert rock et d’un film érotique des années 1980. Ç’en était presque suffocant.

La salle se remplissait, certains prenant place dans les sièges du cinéma – autour de 200 sièges, pour ceux qui se demandent – et d’autres, plus dédaigneux sans doute, préférant rester debout… « T’as pas idée ce qui doit se passer sur ces bancs-là », de dire une spectatrice à la fois amusée et dégoûtée, à son partenaire de spectacle.

Sur l’écran, on pouvait y voir des images aguichantes, et l’inscription « Philémon fait l’amour » (clin d’oeil à son ancien nom d’artiste, « Philémon Chante »), en rotation.  Façon coquine-kitsch de faire dans l’autodérision.

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Spectacle unique

Bref, le contexte était assez unique, et créait l’événement. Ne restait plus qu’à l’artiste d’être à la hauteur de l’occasion, et sans trop de surprise, c’était le cas.

Il portait un joli costard, et un sourire encore plus beau. Visiblement ravi de voir se déployer cette étrange mise en scène devant lui, il semblait fier, confiant.

Photo par M-A Mongrain.

Photo par M-A Mongrain.

Il faut dire que Philémon n’était pas entouré que du Quatuor Molinari : Philippe Brault assurait la basse, Nicolas Basque (de Plants & Animals) la guitare électrique, et Émilie Laforest (du duo Forêt) se faisait aller l’organe vocale.  Avec un tel entourage, les chansons bien écrites de l’artiste ont de quoi briller. C’est ce qui est arrivé, surtout pour Ma branche de cèdre, Par la fenêtre, Chose étrange et la savoureuse Julie July. On passait de la grâce à l’intensité, avec des arrangements raffinés, créés spécialement pour l’occasion.

Le quatuor a même offert une pièce instrumentale de toute beauté, au retour de l’entracte.

Dieu sait si cette expérience sera appelée à être répétée à un moment ou un autre, mais pour l’instant, cette soirée aux allures de fallait-être-là va marquer l’esprit des 400-quelques personnes présentes. Une soirée mémorable au Cinéma L’Amour, que l’on peut raconter sans rougir…


* Écoutez notre entrevue avec Philémon Cimon sur les ondes de CIBL 101,5 (vers 33:45) :

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