Clown(s) au Théâtre Maisonneuve | Quand l’opéra fait son cirque
Clown(s) d’Ana Sokolović installe son chapiteau à Montréal du 31 janvier au 8 février pour sa première mondiale et conquiert son public.
L’excitation est palpable dans le Théâtre Maisonneuve en cette dernière soirée glaciale de janvier, où le public est venu chercher un peu de chaleur et d’évasion. Et c’est ce qu’il trouve dans ce spectacle lumineux, exubérant et émerveillant. Dès le début de cette « favola in musica » (fable musicale), on est immergé dans l’univers du cirque et des saltimbanques pendant la courte heure et quelques minutes que dure le spectacle, qui passe à une vitesse folle, comme un rêve. Tous les artistes sont sur scène; on ne sait pas distinguer les chanteurs des artistes circassiens et des musiciens, mais cela n’a pas d’importance parce qu’ils racontent tous la même histoire, celle du (ou des) clown(s).
Bientôt, des tableaux se dessinent, présentés sur des panneaux rappelant les écrans des films muets, dont s’inspire l’univers de Clown(s). On découvre l’histoire d’un/des clown(s) à travers tous les âges et toutes les émotions de la vie, dans une « fresque baroque » selon les mots de la compositrice et librettiste. En effet, le spectacle mêle chant, musique, acrobaties et marionnettes, le tout dans une scénographie impressionnante composée de structures mouvantes, d’objets géants et de jeux de lumière et d’ombres spectaculaires. Malgré l’aspect bigarré et multidisciplinaire de la production, celle-ci présente quand même une cohésion certaine grâce à la collaboration de la compositrice et du metteur en scène dès la genèse de l’œuvre, fait rare dans la tradition lyrique. La dimension foisonnante de la production s’explique par les influences artistiques nombreuses et variées de Sokolović : les univers clownesques et circassiens de Maurice Sand, Federico Fellini, Charlie Chaplin, Buster Keaton et Dario Fo, le monde sonore et burlesque de Jacques Tati et le folklore des Balkans, qui imprègnent l’œuvre de la compositrice. S’inspirant du grommelot de Fo, une langue inventée faite d’onomatopées, de borborygmes et de sons imitant le rythme du français, de l’anglais et de l’italien pour son livret, Sokolović y a ajouté un mélange de vrai et de faux serbe, sa langue maternelle.
L’exécution des solistes, des choristes et des musiciens est d’ailleurs époustouflante, la musique étant un délicieux cocktail de textures et de rythmes vocaux et instrumentaux, faits de contrastes entre tension orchestrale et simplicité mélodique. L’orchestre n’est composé que de cuivres et de percussions, ainsi que d’ondes Martenot, pour lesquelles la compositrice n’avait jamais écrit avant. Comme le dit Martin Genest, le metteur en scène, la musique de Sokolović est très visuelle, et les instruments, en particulier les ondes Martenot, font voir à la fois le burlesque et le mélancolique clownesque.
Bien que le très grand nombre de références culturelles et artistiques variées, ajouté à la langue clownesque, puissent rendre plus difficile à certains moments la compréhension du propos, le plus important n’est pas de comprendre, mais de ressentir. Les clowns sont là pour dépeindre la condition humaine dans toutes ses émotions et ses sensations et ceux de cet opéra ne font pas exception, à la fois visuellement et musicalement. Ainsi, malgré leurs clowns très comiques, les chanteurs présentent aussi leur côté poétique. La soprano Aline Kutan illustre très bien la mélancolie du clown adulte, qui trouve sa consolation dans le vin et la cigarette, ainsi que la peur du clown âgé. Quant à la mezzo-soprano Mireille Lebel et le ténor Andrew Haji, ils font vivre le grand amour de l’âge adulte de manière touchante.
À en juger par les applaudissements et les acclamations nombreux et sonores du public à la fin du spectacle, les huit ans de travail acharné pour créer Clown(s) ont porté leurs fruits et l’opéra a volé la vedette au cinéma, comme l’espérait Sokolović. Bien qu’originale et hors normes, la proposition artistique de Clown(s) demeure accessible parce que le personnage du clown résonne avec le public et lui rappelle la fonction première de l’opéra, qui est de faire ressentir.
- Artiste(s)
- Clown(s)
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Théâtre Maisonneuve
- Catégorie(s)
- Hip-hop, Humour,
Événements à venir
-
mardi
-
jeudi
-
dimanche



Vos commentaires