Tero Saarinen Company

Breath de la Compagnie Tero Saarinen à la Place des Arts | L’accordéon électrique dansé

L’événement annuel Danse Danse, qui en est à sa 20ième édition, a eu la main heureuse en s’alliant au tout premier Printemps nordique de la Place des Arts qui fait la part belle aux expressions artistiques propres aux pays scandinaves. Venu de Finlande, le spectacle Breath est vraiment à couper le souffle, faisant de l’accordéon un instrument électrique aux sonorités métal comme vous ne les avez jamais entendues.

Le réputé chorégraphe et danseur finlandais Tero Saarinen fait corps avec le combien étonnant compositeur et musicien Kimmo Pohjonen pour ce spectacle inclassable d’une petite heure à la Cinquième Salle. Le résultat, fruit d’une collaboration en osmose entre ces deux grands artistes, s’avère une curiosité à saisir absolument.

L’ouverture de Breath, alors que nous sommes plongés dans le noir, restant sur nos gardes en entendant des sons étranges, est un peu longue. Sur cette piste qui prend la forme d’un immense V dont les bras seraient inversés, les deux performeurs testeront ensuite notre seuil de tolérance avec des chorégraphies surprenantes, comme autant de numéros en apparence sortis spontanément de leur imagination mise en commun.

Nous ne sommes plus en présence d’un danseur et d’un musicien, mais d’un amalgame artistique qui les fait interagir tout du long. Le musicien, malgré son lourd accordéon de 20 kg, se meut dans l’espace en dansant au diapason de son acolyte. Tantôt masqués, tantôt à visage découvert, ils sont habillés par le designer de mode Teemu Muurimäki avec beaucoup de flamboyance, mais sans jamais entraver leurs mouvements erratiques.

La conception des éclairages de Mikki Kuntti, à qui revient également la scénographie, est la conséquence d’un travail remarquablement inspiré, décuplant l’énergie déployée par les deux kamikazes aux pieds nus. Même l’utilisation d’effets stroboscopiques vient s’ajouter à une conception sonore hachurée et envahissante, psychédélique même, mais sans l’être trop.

Mêlant de brefs cris plaintifs aux étranges sonorités d’une langue inventée, quand ce ne sont pas des sons gutturaux sortis des enfers, ou encore des bruits de remugles, l’atmosphère passe continuellement du rassurant à l’inquiétant. C’est ce qui fait que le rythme du spectacle paraît parfois en discontinu, mais sans trop en souffrir.

Crédit photo Perttu Saska.

« Avec ma danse, dira Tero Saarinen, je veux atteindre le non-dit, l’inexplicable et le sans nom. Je crois en une danse qui touche, en une danse qui parle d’elle-même. » Le chorégraphe et danseur qui a débuté sa carrière au Ballet national de Finlande, pour ensuite réaliser une quarantaine de créations et fonder sa propre compagnie à Helsinki en 1996, ne renie pas ses influences qui vont du butô aux arts martiaux, en passant par le ballet classique. Bien au contraire, il continue à repousser son langage gestuel unique qui a tout à voir avec la fragile notion d’équilibre sur laquelle repose la danse.

Quant à Kimmo Pohjonen, que l’on surnomme « le Jimi Hendrix de l’accordéon », c’est un musicien révolutionnaire et en rupture de ban, avec son accordéon électrique unique qui a visité le monde en plus de 600 salles de concert, et sorti 10 albums dont le dernier, Sensitive Skin en 2015, a atteint le numéro 1 sur les World Music Charts Europe.

Le registre large d’expression gestuelle du corps jumelé à la cadence d’un accordéon atteint d’une démentielle inventivité, déroutante, sans le moindre point de repère, font qu’il y a un tel échange de talent brut entre les deux énergumènes d’exception venus de Finlande nous surprendre sur cette petite scène que c’est du bel art au final qui emporte tout.

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