Blizzard
Critique Publié le

Blizzard par Flip Fabrique | Magnifique tempête

Le temps est idéal pour aller célébrer l’hiver à la Tohu avec le nouveau spectacle de la très talentueuse compagnie Flip Fabrique. Blizzard est un émerveillement, drôle et intense, qui a ravi absolument toute la salle.

Avis de tempête

Le spectacle s’ouvre sur l’annonce d’un bulletin météo particulièrement catastrophique : une très grosse tempête risque de nous couper du monde extérieur le temps du spectacle. Sur scène, l’ambiance musicale est apocalyptique, le vent souffle et les artistes arrivent dans de gros manteaux d’hiver. Le cadre russe et les restants d’un container, qui nous laisse apercevoir une belle poudrerie entre ses parois de plexiglas, nous emmènent en plein cœur de ce qu’on pourrait imaginer d’une expédition scientifique perdue dans le Nord. L’effet est réussi et on frissonne sur nos sièges.

Mais si l’on continue à trembler une fois que le show commence, c’est avant tout grâce aux artistes qui enchaînent les cascades et les acrobaties sous nos yeux émerveillés. Ne cherchez pas une histoire précise dans Blizzard, il n’y en a pas : « Ce qu’on veut montrer, c’est notre hiver et comment on le vit » dira, à la suite du spectacle, un des circassiens de cette troupe composée en très grande majorité d’artistes québécois. Et l’ambiance, entre virevoltes, cascades, jouissance mais aussi fatigue du froid, sera au rendez-vous toute la soirée.

*Photo par Sébastien Durocher.

Aimer l’hiver

Le spectacle est savamment articulé entre numéros d’agrès, danses ou acrobaties de groupe (que l’on appelle « banquine »), et des interludes hilarants proposés par le « Ministère canadien du froid, de la froidure et du brrrr ». Le rythme est très vif et on n’a pas le temps de s’ennuyer. Tous les numéros sont très bien pensés et leur scénographie fait continuellement référence à l’hiver : le numéro de jonglage – évidemment fait avec des boules de neige – commence avec des pelles à neiges. Les sept artistes sont omniprésents sur scène et laissent tour à tour leur place au duo vers qui tous les yeux se tourneront le temps d’un tableau. On passe de l’aérien à un étonnant tapis rebondissant sur lesquels les circassiens, qui fêtent la fermeture de l’école en cette journée de tempête, laisseront éclater leur joie.

Bien entendu, les prouesses humaines et techniques sont très nombreuses. On pourra noter l’excellent numéro de sangles, fait en couple, où la circassienne inversera à un moment les rôles pour porter son compagnon à plusieurs mètres de hauteur. Sur le sol, les autres artistes tirent sur la corde qui monte et  abaisse l’agrès par un système de poulies. D’un bout à l’autre du spectacle, les changements de décors seront continuellement intégrés à la mise en scène.

*Photo par Sébastien Durocher.

Les interludes clownesques nous ont fait éclater de rire à plusieurs reprises, alors qu’un bulletin radio nous rappelle le plaisir coupable – et un peu idiot – d’aller coller sa langue à un poteau gelé. Un brillant numéro de hula hoop est également présenté par celui qui nous fera rire tout au long de la soirée, et qui semble vraiment, vraiment tanné de l’hiver. On a aussi été impressionnés par le numéro de « trampocube » de trois circassiens à la fin du spectacle, alors qu’ils sont perchés en hauteur sur le cube qui se désagrège peu à peu. La prouesse la plus haletante de ce soir s’est cependant déroulée au sol : trois artistes se sont allongés, et ont été relevés tous ensemble par leurs camarades pour subitement former une pyramide humaine de dix-huit pieds de haut.

Pas une fausse note

On a toutefois du mal à donner notre avis sur une seule partie du spectacle tant celui-ci nous a semblé cohérent du début à la fin. Pendant soixante-dix minutes, la Tohu a frissonné de plaisir, a applaudi à tout rompre, a retenu son souffle et a crié de joie ou de peur sans jamais se relâcher. Et si les sept circassiens ont tous été plus impressionnants les uns que les autres, c’est probablement la performance et l’intégration du huitième artiste qui a donné toute sa splendeur au show de ce soir.

L’ambiance était assurée par un pianiste aux multiples talents qui a été intégré au spectacle d’un bout à l’autre. Le musicien-compositeur chante, joue (du piano et du guitalélé), pianote à la fois sur son clavier et sur ses pads électroniques pour créer en direct une bande sonore magnifique. Les regards attentifs qu’il échange avec chaque circassien, afin de leur donner le bon rythme et de se caler sur les aléas de chaque performance, nous ont montré la cohésion qui anime tout le groupe. Le musicien est continuellement présent, au milieu des artistes qui poussent et tirent son piano d’un bout à l’autre de la scène. La musique en elle-même est simplement délicieuse, elle alterne entre la douceur d’un feu de bois, la gravité vibrante d’une tempête et les ambiances chaleureuses d’un chalet d’hiver.

*Photo par Sébastien Durocher.

Alors que l’hiver commence pour vrai, Blizzard est un superbe moment d’émerveillement qui nous rappelle tous les bons moments qu’on peut vivre lorsque la poudrerie arrive et que la tempête change notre quotidien.

Blizzard, par la compagnie Flip Fabrique, est présenté à la Tohu du 17 décembre au 5 janvier. Portée par son succès, la compagnie enchainera ensuite sur une tournée aux États-Unis et en Europe.

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