Bibish de Kinshasa
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Bibish de Kinshasa à Espace Libre | À la rencontre du Congo

Bibish de Kinshasa, pièce inspirée du roman Samantha à Kinshasa de Marie-Louise Bibish Mumbu, fait découvrir le quotidien de rigolades et de violence de Kinshasa, capitale de la République Démocratique du Congo (RDC) aux spectateurs qui n’y ont jamais mis les pieds.

Entre les souvenirs de Bibish transmis avec chaleur par Gisèle Kayembe, la cuisine-causerie de l’auteure et du metteur en scène Philippe Ducros, et la jovialité tranquille du barman de la soirée Papy Maurice Mbwiti, on est transporté dans un monde où le bruit, les odeurs et le mouvement s’entremêlent pour former une grande foire où nos sens se promènent allègrement.

Le décor est un peu bric-à-brac, avec ses chaises en plastique qui font office de sièges d’avion par ci, son bar « exotique » par là, sa table de cuisine talk-show tassée au fond de la scène et son mur de tôle comme unique structure verticale. C’est que les artisans du spectacle n’ont pas eu beaucoup de temps pour monter Bibish : ils ont donc eu recours au fameux article 15 (article de loi congolais fictif), c’est-à-dire à la débrouille !

La présence d’un bar fonctionnel sur scène peut être perturbante pour des spectateurs habitués à une division très claire entre ce qui se passe sur scène et le calme qui doit régner parmi le public. On s’y fait plutôt bien, si ce n’est quand l’attention d’un des artistes se porte sur l’action du bar.

Bibish-cuisine M-L et Philippe photo David Ospina

 

« Passage dans une autre vie »

Sur la trame des questionnements et des sentiments qui ont accompagné l’auteure lors de son «passage dans une autre vie» lors de son processus d’immigration, on rit, on est choqué, puis on sourit de nouveau. Comme les Congolais n’ont pas le choix de faire, on vit intensément le moment présent, ne sachant pas ce qui va suivre.

Kayembe invite le public à naviguer avec elle dans les souvenirs de Bibish qui affluent lors de son vol décisif vers Paris, en prenant les accents, les poses et les expressions de gens qu’elle a connus à Kinshasa. Le drame et la joie de vivre se partagent la narration, parfois trop rapidement pour qu’on l’ait réalisé, mais occasionnellement avec grand effet. Interviennent fréquemment Mumbu et Ducros, qui, en cuisinant de la morue salée, discutent informellement de la RDC, de ses problèmes, de sa vie quotidienne, des aléas de l’immigration, de la démocratie…

Bibish-Gisèle photo David Ospina

Bibish de Kinshasa se veut une rencontre culturelle autant qu’une mine d’informations par rapport à la deuxième guerre du Congo, qui sévit toujours malgré sa fin officielle en 2002. On apprend ainsi, si on ne le savait pas déjà, que le Canada est loin de pouvoir montrer patte blanche en ce qui a trait à ce conflit, et les créateurs du spectacle lancent un cri d’alerte, appelant à la conscience et à l’action citoyenne.

Cette savoureuse production HÔTEL-MOTEL, qui saura rappeler chaleureusement aux uns ce qui sera une fascinante découverte pour les autres, est présentée du 13 au 24 octobre à Espace Libre. Un spectacle au grand potentiel, qui ne vous laissera pas sur votre faim.

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