Belphegor au Studio TD │ Processions funestes et autres problèmes techniques
C’est un début de soirée en dents de scie qu’ont expérimenté les fans de black death metal réunis le 21 février dernier au Studio TD, à Montréal, dans le cadre de la tournée nord-américaine Praise the Beast 2026 des géants autrichiens Belphegor. Une série de problèmes techniques divers a freiné les deux premières prestations, mais la patience de l’auditoire aura payé, la suite n’ayant pas déçu.
Alliés aux formations Narcotic Wasteland, Hate et Incantation, qui a elle servi le clou de la soirée selon plusieurs, les membres de Belphegor se sont livrés à une procession funeste typique du genre. Ils ont partagé avec tant des initiés que de nouveaux disciples leur univers plus que noir et extrêmement unique dans ce troisième spectacle d’une tournée qui en prévoit 17.
Belphegor
La performance du groupe culte de diabolique black death metal, qui porte le nom d’un démon représentant le péché capital de la paresse, notamment, s’est ouverte après une trop longue attente et l’écoute d’une trame étrange et très répétitive, mais douce en comparaison à ce que venait de servir Incantation. On a sûrement voulu ici faire durer le plaisir avant la cérémonie macabre et nous permettre du même coup de « regénérer » notre ouïe avant la suite, grand bien nous fasse, mais l’épisode était interminable et a ralenti les ardeurs des spectateurs, déjà peu fougueuses pour une soirée métal, et brisé la montée cumulée.
Jusqu’à ce qu’une colonne de fumée apparaisse sur la scène et qu’une puissante odeur d’encens (le vrai, le prenant, pas un truc aromatisé) envahisse la salle et lance le début de ce qui allait être un voyage vers outre-tombe. Les opus The Procession, Baphomet, Sanctus Diaboli Confidimus et Lucifer Incestus ont notamment défilé avant une prière lugubre (Virtus Asinaria) et une dance macabre (Totentanz) qui allaient mener au rappel, Belphegor – Hell’s Ambassador.
Malgré une certaine « perte de vitesse » dans l’ambiance aux deux tiers de leur marquante prestation, le chanteur et guitariste Helmuth Lehner, membre fondateur, le bassiste Serpenth et leurs acolytes pour cette tournée ont livré une performance magistrale. Rarement a-t-on vu une formation qui sert un rendu aussi puissant et envoûtant en live, qui détonne des versions enregistrées, particulièrement en ce qui a trait à la voix et à la batterie, ultra-présente et saisissante. Le jour et la nuit. C’est qu’on y ajoute tout le côté théâtral propre à la bande, les visages peints, dont celui de Lehner qui rappelle une tête de mort aux yeux noirs et creux, et la présence scénique de ce dernier, incarnation parfaite du personnage black death metal qui donne tout. La mise en scène, les accessoires remplissant les planches enfumées, le son (à cette heure devenu presque parfait) et les éclairages ont aussi fait de ce passage en sol québécois une grande réussite.
Pour ceux qui ont manqué cette soirée et qui voudraient vivre cette expérience, parce que ça en est une, n’ayez crainte : Belphegor est un abonné à Montréal et y refera assurément un saut dans un avenir plus ou moins rapproché pour une autre messe noire.
Incantation
Une autre grande icône du death metal avait précédé : la formation américaine Incantation, fondée en 1989, n’a fait qu’une bouchée des quelque 500 fans présents après un début plus lent et ardu des deux premiers bands, qui n’avait pas fait « lever » la masse à hauteur de certaines attentes. Il faut souligner le fait que la soirée avait débuté particulièrement tôt, à 18h45, et que la salle est demeurée très calme pour un show de métal (même black), et pendant un certain temps.
Mené par le chanteur et guitariste John McEntee, également membre fondateur, le band a réussi un tour de maître en alignant les huit chansons de leur album Mortal Throne of Nazarene (1994), un setlist tout spécialement conçu pour le spectacle montréalais. Pour la petite histoire, Incantation a dû, l’an dernier, annuler sa présence à Montréal dans le cadre d’une virée avec le groupe Decapitation en raison du bris de leur autobus de tournée, ce qui en avait déçu plus d’un. En guise de cadeau, ils ont donc repris ce qui devait être joué et qui n’avait pas pu avoir lieu, une marque de reconnaissance que les fans ont souligné à grands coups de cris et d’applaudissements soutenus.
On retiendra particulièrement de cette aventure la voix gutturale de McEntee, encore plus grave et sombre que celles de ses prédécesseurs, qui frappe au cœur dès les premières notes, et le jeu ultra serré de chacun des musiciens qui bénéficiaient à ce stade de la soirée d’un son enfin régulé. La batterie incessante de Kyle Severn avait de quoi marquer les esprits, et ne passons pas sous silence la basse si profonde de Chuck Sherwood qu’un verre vide est tombé du bar en fond de salle sans que personne n’y touche et a éclaté, ce qui a fait dire aux quelques spectateurs ayant assisté à la scène que c’était peut-être une entité maléfique qui s’amusait à les effrayer plutôt que les vibrations intenses qui avaient causé le dégât.
Fait à noter : McEntee a été celui qui s’est le plus souvent adressé à la foule, demeurant sobre dans ses propos et dans la durée de ceux-ci, alors que les autres bands se sont contentés de jouer avec brio sans se perdre dans des communications qui auraient pu couper le rythme d’un tel spectacle.
Hate et Narcotic Wasteland
Le talent et le savoir-faire de la formation Narcotic Wasteland, qui ouvrait le bal, a très malheureusement été éclipsée par des problèmes techniques tels qu’ils ont donné à leur performance, pourtant prometteuse, des airs de « sound check » constant, où l’on perdait tantôt complètement la basse de Kenji Tsunami, tantôt la voix de Dallas Toler-Wade, et où les sons d’éléments de la batterie d’Austin Vicars s’apparentait carrément à ceux de casseroles, surtout du côté gauche de la scène.
Les spectateurs sont néanmoins demeurés calmes et indulgents, échangeant avec leurs pairs sur ce triste constat, tandis que Toler-Wade redoublait d’ardeur en tentant de sauver les meubles. On sait que le Studio TD est reconnu pour être une salle où le son est trop souvent discutable, mais cette énorme frasque a tout simplement volé à Narcotic Wasteland sa chance de faire bonne impression à Montréal. Désolant.
Début catastrophe pour le band Hate également : le chanteur Adam « Adam the First Sinner » Buszko a su garder son calme et improviser en attendant l’aide technique quand son micro s’est mis à gricher et a complètement cessé de fonctionner au tout début de la première chanson de leur prestation. Le dysfonctionnement a mis un peu de temps à être réglé, la voix a repris avant que le micro ne rende une deuxième fois l’âme, ce qui a visiblement agacé, et avec raison compte tenu du début de soirée décevant, tant les spectateurs que Buszko, qui a exigé un changement de micro sur-le-champ. Encore là, triste incident qui a entaché la suite des choses, le band de blackened death metal originaire de Warsaw, en Pologne, ayant par la suite offert une performance très linéaire et bonne, sans plus.
Somme toute, un spectacle qui ne passera pas à l’histoire, mais qui a offert plusieurs moments musicaux et scéniques de grande intensité.
Photos en vrac
Belphegor
Incantation
Narcotic Wasteland
Hate
- Artiste(s)
- Belphegor, Incantation
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Studio TD
- Catégorie(s)
- Black metal, Death metal, Doom metal,













































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