crédit photo: Geneviève Girard
Aborted

Aborted et compagnie au Théâtre Fairmount | Br00tal

Y’a quelques (plusieurs) années, j’ai vu l’extrait d’une entrevue avec Phil Anselmo qui expliquait que Pantera était devenu Pantera au moment où les membres du désormais légendaire groupe avaient eu l’illumination suivante: « Si dans le fond, le bout qui nous fait tous tripper, c’est le court breakdown groovy qui apparaît aux deux tiers de la toune, pourquoi on ne fait pas des tounes qui sont JUSTE ce moment-là on repeat? »

Une question qui a pas mal donné naissance au groove metal et certainement impacter le slam, et donc un peu changé le visage du métal underground dans la décennie à venir et depuis.

*Précision, on parle ici de slam comme dans « slam metal », ce sous-genre de death metal aux riffs ignorants et méga lourds, et non de slam genre David Goudreault qui dit des affaires comme NAÎTRE ET ÊTRE À L’ÈRE DES MAÎTRES, ARRÊTE ET RÉFLÈTE.

Bref. Personne n’a autant arraché de pages de la bible Anselmo que certains des bands réunis hier soir au Théâtre Fairmount à l’occasion d’une bonne petite fête d’ultra violence.

Peeling Flesh

On pourrait commencer par s’entendre conjointement sur le fait que les noms de bands, dans la scène death, c’est pas du génie, hein.

Peeling Flesh. Stabbing. Ingested. Aborted.

On dirait qu’ils ont ouvert ChatGPT et écrit « Fais-moi eurk ».

Mais ne nous arrêtons pas à la recherche nominale, parce que caché derrière ces esties d’atrocités de branding-là se cache un son qui pousse un souffle de renouveau dans la vielle balloune gercée qu’est celle du métal d’aujourd’hui. Peeling Flesh en étant l’exemple le plus probant.

Des interpolations de Three Six Mafia et autres succès chopped and screwed dans des compositions métal? De la merch rendant hommage aux grandes dames du rap? Des musiciens qui vapotent entre chaque chanson?

Coudonc, le heavy metal est-il en train de devenir un genre qui s’amuse?

Si le dernier groupe métal qu’on a vu au Fairmount, Blood Incantation, était minutieux et cérébral, Peeling Flesh apporte une rafraîchissante contrepartie complètement dédiée à la cause du moshpit. Du no brainer. Des riffs dégueulasses pour l’unique plaisir d’avoir des riffs dégueulasses.

Imaginez nos Despised Icon nationaux, mais avec rien d’autre que des breakdown et du pig squeal.

Le rêve, quoi.

* Photo par Geneviève Girard.

Ingested

Ingested, c’est comme la version professionnelle de Peeling Flesh. Plus de range de la part du chanteur. Plus de précision dans les riffs. Des solos. Une meilleure mise en scène. Un meilleur contrôle de la foule.

Bonus: un chanteur qui a l’air de la version rétrécie au lavage de Ronnie Radke.

Mais malgré tout ce qu’ils faisaient d’objectivement mieux que les amis qui les précédaient, somehow, on avait l’impression de regarder un groupe qui aurait dû jouer AVANT Peeling Flesh, et non après.

C’est plate à dire, mais des fois, peu importe ton expérience et ton assiduité, ça se peut qu’il te manque ce fameux et intangible JE-NE-SAIS-QUOI.

Peeling Flesh a un je-ne-sais-quoi. Ingested a un je-sais-quoi.

Qu’est-ce tu veux. C’est de même.

* Photo par Geneviève Girard.

Aborted

Ok. Riez de moi si vous voulez, mais j’ignorais que les gars d’Aborted étaient belges. Pas que ça change quoi que ce soit à leur héritage, à leur mérite, à leur place de piliers dans la scène.

Mais pour vrai.

C’est un peu drôle de voir un immense dude, musclé, rasé, tatoué, se donner des coups de poings sur la tête en hurlant avant de prendre la parole entre deux titres pour dire genre « Alors du coup on s’amuse ou quoi, Montréal? »

« On va faire du sport, maintenant, d’accord? »

Encore une fois C’EST PAS GRAVE. Je sais qu’ils sont badass. Le fait qu’ils en sont à leur troisième décennie de chaos le confirme encore plus. Les mannequins dégoulinants d’entrailles qu’ils ont placés sur scène me le rappellent à chaque regard.

* Photo par Geneviève Girard.

Mais tsé.

Rigolo un peu pareil.

J’ai rapidement arrêté de rire quand les chansons se sont complexifié au point où j’ai passé le reste du show à essayer de bien voir les mouvements du batteur de la formation pour tenter de clarifier s’il utilisait ou non des triggers, parce que j’étais incapable de concevoir qu’un être humain soit capable de jouer à une telle vitesse.

La réponse est oui. Il utilise des triggers.

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