TOM - Hommage à Tom Waits

TOM : Un hommage à Tom Waits en films et en musique (et en virtuel pour l’instant)

Au fil des 50 dernières années, l’univers musical de Tom Waits s’est peuplé de personnages louches, de lieux inquiétants et de scènes mystérieuses. Le prodigieux auteur compositeur américain s’est bien gardé de nous les montrer explicitement, laissant plutôt ses textes nous tracer les pourtours qui incitent notre imagination à remplir le reste. Tant d’hommes et de femmes ont repris, avec un taux de réussite variable, les nombreuses chansons marquantes de son répertoire au fil des ans, mais rares sont les Québécois qui ont tenté le coup. Brigitte St-Aubin, Éric Goulet et Alexis Martin (le batteur, pas le comédien!) ont décidé de s’y plonger avec un projet cinémato-musical intitulé TOM – Hommage à Tom Waits, présenté jeudi soir en première virtuelle par la SPEC du Haut-Richelieu en direct du Théâtre des Deux Rives, en vue d’une tournée de spectacles en présentiel dès que la situation le permettra.

TOM est né du désir de Brigitte St-Aubin de reprendre les chansons de Tom Waits, mais aussi de mettre sur pied un projet où le cinéma et la musique se répondaient en live sur scène, avec du matériel original.

Ainsi, quinze chansons de Tom Waits, principalement tirées de ses albums des années 1980 et 1990, ont droit non seulement à des réinterprétations musicales mais aussi à des courts métrages présentés sur écran, pendant que les musiciens « accompagnent » les scènettes réalisées en 3 jours par Éric Jean et Daniel Robillard dans un motel québécois.

On fait alors la rencontre d’une femme de ménage désabusée sur l’air de Yesterday’s Here, d’un couple d’un certain âge – on comprendra plus tard leur tragique contexte au son de All the World Is Green – qui danse un tendre slow sur Tango ’til They’re Sore dans une magnifique chambre à tapisserie rococo, d’une dame soixantenaire au coude léger sur Little Drop of Poison, d’une bande de jeunes sur le party sur I Don’t Wanna Grow Up ou d’un homme qui fait des redressements assis dans la chambre 117 sur Swordfishtrombone.

Le mystérieux spoken word What’s He Building a même droit à une francisation, alors qu’un personnage féminin épie les allées et venues de ce dernier.

Plus tard, Frank’s Wild Years aura droit au même traitement français, avec un Frank bien paumé, qui fume des cigares dans son char.

Il se passera bien quelques actions concrètes, et on vous évite le divulgâchage, mais dans l’ensemble, le projet nous dresse des tableaux à apprécier davantage pour leur évocation Waitsesque que pour leur nature narrative.

Le trio de musiciens propose des relectures musicales dépouillées, comme il se doit pour évoquer la nature déglinguée de la musique de Tom Waits, à défaut d’avoir accès à un ensemble jazz de la Nouvelle-Orléans, de percussions improbables ou d’un guitariste aussi incroyable que Marc Ribot. Aussi bien garder ça simple, bien éraillé, par moments envoûtant, et c’est l’approche qui a été choisie ici. Certaines chansons sont assez fidèles à l’esprit original, d’autres sont carrément remodelées, notamment une Chocolate Jesus rehaussée sur le plan rythmique, et une Hang Down Your Head ralentie.

L’accent francophone de St-Aubin et Goulet au chant pourrait en agacer certains, mais dans l’ensemble, l’exercice est plutôt réussi et témoigne d’un véritable passion pour l’oeuvre de Waits de la part des principaux intéressés. La rencontre entre les courts métrages de type film noir (en noir et blanc) et la musique fonctionne assez bien.

En tournée au Québec, le projet pourrait bien réussir deux choses à la fois : nourrir l’appétit des fans québécois de Tom Waits qui n’ont pas eu l’occasion de le voir à l’oeuvre sur une scène d’ici depuis les années 1980, et faire découvrir ce monument de la chanson américaine à ceux qui y assisteront par curiosité envers ce mélange entre cinéma noir et musique blues-rock de songwriter.

Le spectacle TOM – Hommage à Tom Waits est disponible en rediffusion web jusqu’au 11 février par ici.

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