Taverne Tour – Jour 2 | La voix hypnotique de Goodbye Karelle au Barraca
Le Taverne Tour bat son plein depuis jeudi sur les scènes du Plateau‑Mont‑Royal. Notre collègue s’y est d’ailleurs fait travailler les oreilles au son de Protomartyr, Yoo Doo Right, Alix Fernz et Hot Garbage jeudi soir. Changement de registre vendredi à la Rhumerie Barraca, où Goodbye Karelle offrait un concert intime, chaleureux et franchement réussi, perchée sur un escabeau pour que toutes celles et ceux qui s’étaient déplacés puissent l’apercevoir.
Goodbye Karelle a interprété quelques titres de son premier album, Hugh Greene & the Lucies Made Me, une œuvre intime parue en 2023 qui aborde l’amour et les vertiges existentiels. Cette fragilité prenait tout son sens dans ce concert intime, où l’artiste chantait les yeux fermés et vivait les émotions de tout son corps. On a notamment entendu Moonroad, qui érige le réconfort affectif en phare contre la désillusion, Appleton Marina, qui exprime un désir de renaissance, et Rainbowroad qui met à nu la vulnérabilité de son parcours: « I’m just a little man asking for too much love ».
Les titres de son plus récent opus, Knuckle Breaker Maxxx, paru en janvier dernier, n’ont pas été laissés en reste. De son propre aveu, l’album a été conçu dans une posture beaucoup plus sereine, où l’affirmation de soi s’est imposée plus naturellement. Toujours introspectif, le disque explore toutefois de nouveaux territoires musicaux. À la base folk de Hugh Greene & the Lucies Made Me s’ajoutent ici des élans rock, des filtres électroniques et quelques incursions de musique urbaine, notamment grâce aux collaborations avec Peypo et Big Balth.
* Photo par Camille Gladu-Drouin.
Sur scène, les morceaux aux accents plus urbains ont été mis de côté, laissant place aux pièces plus intimes. On a ainsi pu entendre Fun Part, qui dégage un petit côté Leonard Cohen ; Come See for Yourself, où douceur et groove se mêlent à un rap lancinant ; Adi, hommage à sa conjointe, dont l’introduction évoque Walk on the Wild Side de Lou Reed avant de se déployer dans un refrain particulièrement efficace ; et Oxy Ballad, ballade vaporeuse et mélancolique où des filtres confèrent à sa voix une texture électronique. Pourtant, à quelques mètres de l’artiste lors de sa prestation au Barraca, on percevait à travers l’amplification sa voix dans sa forme la plus brute, pour notre plus grand plaisir.
Sa voix, justement, est ce qui frappe en premier. Elle est le fil d’Ariane entre les deux albums et sa prestance sur scène. Une voix grave et androgyne, brute mais chaleureuse, qui rappelle, dans un registre certes niché, celle d’Eliot Sumner (progéniture de Sting) sur After Dark… et c’est un compliment.
C’est d’ailleurs cette voix qui m’avait donné envie de découvrir Goodbye Karelle en concert intime : constater comment elle l’utilise davantage comme un véhicule narratif que comme un simple porteur de mélodie. En album comme sur scène, le résultat est attachant, hypnotisant. Goodbye Karelle a toutes les cartes en main pour continuer à s’envoler avec son folk alternatif urbain, sensible et affirmé.
- Artiste(s)
- Goodbye Karelle, Taverne Tour
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Barraca
- Catégorie(s)
- Alternatif, Folk, Indie, Québécois,
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