Taverne Tour – Jour 1 | Quadruple plateau rock au Belmont avec Protomartyr et plus
Ce jeudi soir, au Belmont, le Taverne Tour présentait quatre projets résolument très post-punk et post-rock, alliant petite têtes d’affiche internationales et têtes montantes locales de la scène rock alternative. Si vous étiez présents, j’espère que vous aviez apporté vos bouchons, parce que trois heures de spectacle dans une salle pareille, ça travaille les oreilles!
Protomartyr
Le band de Détroit accède à la scène après le tourbillon Yoo Doo Right (on y reviendra) vers 23h, soulignant les 10 ans de son album The Agent Intellect. Les 12 morceaux du disque y passeront, plus quelques « vieux succès » (Jumbo’s, My Children et Scum, Rise!), dira Joe Cassey avec une pointe d’ironie. Le chanteur de Protomartyr me rappelle d’ailleurs un peu Matt Berninger, de The National : bien habillé, un peu maladroit, espiègle, chantant chaque ligne comme si sa vie en dépendait. Mais je dois dire : j’ai tout de même l’impression que Protomartyr est davantage un groupe qui s’écoute sur album qu’un groupe qui s’apprécie pleinement en concert.
La poésie de Casey doit être absorbée dans un contexte plus favorable, étant plus attentif, pratiquement en suivant chaque chanson à la lettre près sur Genius. Dans un spectacle au Belmont, où chaque tournant de phrase est, logiquement, un peu plus dur à discerner dans un tumulte pareil, j’ai l’impression que je manque la moitié de l’expérience Protomartyr.
Et puis, après les trois premiers projets présentés ce soir, en crescendo jusqu’à Yoo Doo Right, la performance des Détroitiens pouvait peut-être paraître un peu… sage? Le tempo redescend, les décibels aussi. Musicalement, sans doute la formation la plus intéressante de la soirée, mais dans le contexte, Protomartyr n’est pas le groupe qui a forcément le plus brillé, malgré le statut.
* Photo par Camille Gladu-Drouin.
Puisque le spectacle était largement sold out, le Taverne Tour a ajouté une supplémentaire aujourd’hui, encore au Belmont. Si vous vous mordez les doigts d’avoir manqué le quatuor hier, il reste, au moment où ces lignes sont écrites, encore des billets pour Protomartyr, prise deux.
Yoo Doo Right
Première expérience personnelle de spectacle de Yoo Doo Right, et quelle expérience! Le groupe montréalais s’adonne à un véritable mur du son, gardant tout de même tout l’aspect texturé de sa musique post-rock, à la fois technique et planante. Les décibels montent au plafond, et c’est toujours bon de le rappeler : apportez des bouchons quand vous allez voir des concerts!! Pour avoir vérifié moi-même, avec mon téléphone, le niveau sonore de la soirée, j’ai conclu que le spectacle de Yoo Doo Right atteignait les 106, parfois les 107 dB : une exposition au-dessus de 100 décibels, même courte, peut causer des dommages irréversibles aux oreilles. Alors oui, c’est plaisant de « profiter de l’expérience Yoo Doo Right » pleinement, sentir la vibration des guitares des oreilles jusqu’aux doigts de pied.
* Photo par Camille Gladu-Drouin.
Mais c’est comme tromper votre partenaire : une soirée de plaisir de très courte durée, alimentée par la suite par une vie de regrets. Les acouphènes, ça ne se soigne pas. Soyez fidèles à vos oreilles (et à vos partenaires aussi).
Avec Population II (avec qui les principaux intéressés de cette section ont collaboré récemment), zouz et Angine de Poitrine, Yoo Doo Right s’inscrit dans un mouvement de rock québécois particulièrement intéressant, prouvant que les artisans du genre savent se renouveler, et proposer un rock qui ne tourne pas en rond. Karkwa et Galaxie peuvent dormir sur leurs deux oreilles : la relève est bien là.
Alix Fernz et Hot Garbage
Alix Fernz a lancé la soirée vers 20h avec des morceaux tirés de sa Symphonie publicitaire sous influence. Ayant débuté sa carrière très récemment (son premier projet long date de 2024), Fernz s’en tire bien sur scène, et se démarque par sa proposition plutôt originale : du post-punk à l’esthétique gothique, ça ne coure pas les rues non plus au Québec.
* Photo par Camille Gladu-Drouin.
Ont suivi Hot Garbage, de Toronto, avec leur rock tirant vers le métal et la shoegaze particulièrement bruyante. Sympathiques influences de krautrock également, on sent la soirée aller en crescendo, présage de Yoo Doo Right, et le chant de Juliana Carlevaris est plutôt convaincant, mais comment dire… Ça sonne comme n’importe quel band post-rock-post-punk-post-tout qu’on entend de plus en plus sur les plateformes depuis la fin des années 2010. Je n’y ai pas vu quoi que ce soit de spécial. En première partie, ça passe, mais je ne me déplacerais pas pour un spectacle de Hot Garbage en tête d’affiche.
Les musiciens sont bons, mais les morceaux ne sont pas particulièrement originaux. Pas mauvais, mais un peu oubliable.
Le Taverne Tour se poursuit jusqu’à demain dans divers salles de spectacles et bars du Plateau Mont-Royal. Programmation et billets par ici.
Grille de chansons de Protomartyr
- The Devil in His Youth
- Cowards Starve
- I Forgive You
- Boyce or Boice
- Pontiac 87
- Uncle Mother’s
- Dope Cloud
- The Hermit
- Clandestine Time
- Why Does It Shake?
- Ellen
- Feast of Stephen
- My Children
- Scum, Rise!
- Jumbo’s
- Artiste(s)
- Alix Fernz, Hot Garbage, Protomartyr , Yoo Doo Right
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Le Belmont
- Catégorie(s)
- Alternatif, Indie Rock, Post-punk, Post-rock, Punk, Québécois, Rock, Shoegaze,
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