Orchestre Symphonique de Montréal
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Soirée « romantique » à l’OSM | La Sérénade de Bernstein et la symphonie n°4 de Bruckner

Le 27 et 28 novembre, l’OSM présente la Sérénade de Bernstein (1954) et la symphonie dite « romantique » de Bruckner (1874). Ces œuvres magistrales nous font apprécier l’orchestre dans toute sa diversité (cuivres, harpe, cordes, percussions). Hier, nous avons assisté à une soirée très particulière : l’orchestre était dirigé par un Kent Nagano brillant – ce dont on profite d’autant plus que l’on sait qu’il s’agit de sa dernière saison à l’OSM – dans une salle comble, admirative et recueillie. La symphonie de Bruckner bénéficiait d’une direction particulièrement affûtée, puisqu’elle était enregistrée ce soir-là pour un futur album sur Analekta.

La sérénade de Bernstein

En première partie de ce concert, l’OSM jouait la Sérénade pour violon solo, cordes, harpe et percussions composée par Leonard Bernstein en 1954.

La création de cette œuvre s’inscrit dans une période de grande productivité pour le compositeur puisque c’est à cette époque qu’il a revitalisé Broadway avec Wonderful Town (1953), Candide (1956) et West Side Story (1957). En 1954, il s’attaque à la composition d’une pièce pour violon et orchestre qui deviendra la sérénade en cinq mouvements. C’est son ami, le violoniste Isaac Stern, qui en sera le soliste.

Il est intéressant de savoir que cette pièce est inspirée du Banquet de Platon, dont le sujet central est l’amour. Les mouvements adoptent la succession platonicienne des orateurs présents au banquet. Ainsi, Bernstein lui-même décrit chaque mouvement selon le discours effectué : dans le premier mouvement, l’hommage de Phèdre au dieu de l’amour Eros est exprimé par un fugato, amorcé par le violon solo ou encore, à la fin du dernier mouvement, l’interruption d’Alcibiade et de sa bande d’amis est traduite par un allegro qui exprime leur joie et leur agitation.

L’OSM reprend cette œuvre en imposant Andrew Wan comme violoniste solo. La performance est à couper le souffle. On oscille entre la mélancolie et la joie frétillante du premier mouvement, on est fascinés par les solos dissonants du violon, on ressent profondément le suspens contemplatif et grandiose du 3e mouvement et l’éveil éblouissant du 4e où sonne le glockenspiel pendant que violons et violoncelles dialoguent ardûment. On voit apparaître au dernier mouvement des accords de jazz et de blues évoquant New-York et même des passages de West Side Story. Tout se dissout dans une magnifique explosion finale.

* Photo par Antoine Saito.

La symphonie romantique de Bruckner

Après l’entracte, nous nous préparons à assister à une œuvre de plus d’une heure, mais nous ne verrons pas le temps passer. La symphonie n°4 du compositeur autrichien Anton Bruckner, est appelée «romantique » par ce dernier en hommage à la tradition allemande dans laquelle il a grandi. L’influence de Wagner, Schubert ou encore Schumann se fait sentir, notamment dans sa capacité d’évocation de grands paysages ou de visions. Bruckner s’inscrit dans cette tradition lorsqu’il décrit le début de la 4e symphonie par l’évocation d’un paysage du Moyen-âge, où des chevaliers s’élancent du haut d’une citadelle vers la nature.

La symphonie romantique est une œuvre époustouflante, exécutée avec souffle et minutie par l’OSM. On y découvre dès le premier mouvement un monde alternant entre la légèreté et le drame expressif, l’intime et le grandiose. Le premier mouvement contient même des motifs d’inspiration wagnérienne.

Par la suite, le 2e mouvement s’ouvre par des pizzicati, avec une musique lente, mélancolique et méditative qui cède petit à petit la place à une atmosphère plus grave, teintée de sentiment historique.

Dans le 3ème mouvement où les cuivres attaquent à l’ouverture, nous voyons apparaître en alternance des paysages sonores sombres et vigoureux et des moments plus délicats, joyeux et lumineux.

* Photo par Antoine Saito.

L’excitation monte petit à petit, marquée par des cuivres rappelant la chasse, aboutissant à une forme de triomphe éclatant. Dans le 4ème et dernier mouvement, le drame est à nouveau présent, marqué  par l’intervention de l’octobasse (le plus grand et grave instrument de la famille des cordes, contenant trois cordes). L’alternance entre musique élégiaque et dramatique laisse la place à un tourbillon final où tous les contrastes semblent se fondre.

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