crédit photo: Do Phan Hoi (danseurs : Mecdy Jean-Pierre, Achraf Terrab et Shanyça Elie-Leconte)
Sacrer

Sacrer de Katya Montaignac à l’Agora de la danse | Quand Stravinsky côtoie les danses de rue

Du 11 au 14 mai 2022 à l’Édifice Wilder, l’Agora de la danse nous présente Sacrer, une cocréation de Katya Montaignac et de ses artistes invité.e.s. Inspiré par le Sacre du printemps d’Igor Stravinsky et teinté de la culture street dance propre à l’univers des danseurs, le spectacle promet d’être sans concession et hors des sentiers battus ! Afin d’en savoir plus, nous avons échangé avec Katya Montaignac autour de ses inspirations, sa vision artistique et ses valeurs qui l’ont guidée dans tout le processus créatif.

 

Diversité, différences et dissensus

Qu’est-ce qui a donné l’envie à notre interlocutrice – qui assure la conception et la dramaturgie du spectacle – de fusionner la légendaire musique du compositeur russe avec les danses de rue ? Voilà une question qui nous brûlait les lèvres ! « Faire un Sacre du printemps avec des danseurs de street dance, c’est un fantasme que j’ai depuis très longtemps, explique-t-elle. Je pense que j’ai ce fantasme depuis que j’ai 18 ans, et je crois que ça remonte à la fois où j’ai assisté à 1 basket pour Cendrillon de la compagnie Boogie Saï en France. »

Même si l’idée lui a longtemps trotté en tête, c’est en 2015 que les choses se sont mises en place plus concrètement, à la suite d’un projet qu’elle avait proposé en tant que cocomissaire au OFFTA et qui réunissait des danseurs contemporains et des street dancers. Elle a alors réuni des artistes aux pratiques variées (funk, house, breakdance, hip-hop, vogue, house, popping et waacking), pour se lancer dans une cocréation sur la musique de Stravinsky.

J’avais cette envie de réunir une équipe qui vienne de différents horizons artistiques : pas dans le but que chacun colore la pièce avec sa pratique et sa lorgnette, mais plutôt dans l’idée de créer une communauté qui n’est pas homogène. J’aime réunir des gens qu’on n’imaginerait pas ensemble et les faire collaborer au même projet.

Comme point de départ, elle a posé une question à tous ses collaborateurs afin de savoir ce qui était sacré pour eux dans leur pratique. « Ça a été le feu qui a alimenté notre rencontre, nous confie-t-elle. La notion de communauté était aussi importante dans ma démarche, car je voulais voir comment on peut créer ensemble alors qu’on n’a pas le même background, ni les mêmes codes. »


Achraf Terrab et Walid Hammani. Photo par Do Phan Hoi.

 

En fait, ce qui anime Katya Montaignac dans l’exploration de la communauté, ce n’est pas le consensus, mais bien le dissensus pour mieux se comprendre, dialoguer et créer ensemble. « Ce qui m’intéresse davantage dans la vie, dans la société et dans l’art, c’est la réunion de communautés qui ne se ressemblent pas et qui sont amenées à dialoguer dans le processus créatif. Pour moi, c’est la source même de l’art : on vit la même chose à un moment donné, mais on ne ressent pas la même chose. Le fait d’échanger cette différence de sensibilité nous fait nous ouvrir et découvrir d’autres points de vue. »

 

La liberté de briser les codes

Outre l’envie de réunir des gens aux diverses inspirations, Katya Montaignac souhaitait aussi remettre en question certaines pratiques liées à l’interprétation du Sacre du printemps. « Aujourd’hui, quand on fait de l’œuvre des « espèces de moments sacrés » du ballet et de l’harmonie, je me questionne : est-ce un contresens complet à ce que Nijinsky avait voulu faire en brisant les codes ? », questionne-t-elle à juste titre. « J’avais vraiment envie de renouer avec cette idée de liberté et d’être indocile en faisant se rencontrer le Sacre du printemps et les danses dites urbaines. Je voyais ici un lien avec l’esprit de Nijinsky.»

D’ailleurs, même la partition musicale a été revisitée pour le spectacle, puisqu’un DJ nommé Don Barbarino a été impliqué dans le projet pour remixer une partie du Sacre du printemps. « Sur la musique qu’il a revisitée, on a créé différents tableaux qui sont personnalisés en fonction de chacun des danseurs, de leur pratique et du défi qu’ils avaient envie de relever sur ce projet, pour voir comment le remix pouvait venir soutenir leur individualité, leur personnalité et leur pratique. »

* Alizé Desrosiers et Anaïs Gilles. Photo par Do Phan Hoi.

Et, à bien y penser, le côté subversif s’étend même jusqu’au choix du nom du spectacle, Sacrer. « C’est à la fois l’idée de désacraliser la partition du Sacre du printemps, tout en célébrant les pratiques autour de celle-ci… Et puis, de faire du mot sacre un juron. », conclut-elle avec une pointe d’enthousiasme et de détermination dans la voix.

Billets en vente dès maintenant sur le site de l’Agora de la danse.


* Cet article a été produit en collaboration avec l’Agora de la danse.

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