Orchestre Symphonique de Montréal
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La Symphonie des Mille de Mahler | Une belle soirée d’ouverture pour l’OSM

L’Orchestre Symphonique de Montréal ouvrait en grand hier soir sa 84ème saison à la Maison Symphonique alors que le chef d’orchestre et directeur artistique Kent Nagano a annoncé cet été qu’il ne prolongerait pas son contrat au-delà de 2020. Au programme, la magistrale 8ème symphonie de Gustav Mahler, dite « des Mille ».

La symphonie des Mille fut composée entre 1906 et 1907 et créée à Munich en 1910 sous la direction du compositeur. Elle tient son appellation du fait que lors de la création, l’impresario de Mahler proposa de porter l’effectif total des musiciens et chanteurs sur scène à un peu plus de 1000 personnes. La version de hier soir se contenta de trois cent cinquante interprètes environ mais cela suffit à faire résonner chaudement la Maison Symphonique.

Photo par Antoine Saito.

La symphonie, longue de 80 minutes, s’articule autour de deux mouvements. Le premier est basé sur un texte latin de Rabanus Maurus Magnentius traduit en français par « Viens, esprit créateur ». Le deuxième s’intéresse à la scène finale du Faust du Goethe et les chanteurs solistes ont tous un rôle très précis à jouer. Par certains aspects, ce deuxième mouvement est très proche d’un poème symphonique.

L’un des gros points forts de la soirée fut sans conteste le choix des huit solistes qui ont assuré leurs parties de manière solide. Les cinq chanteuses notamment furent impressionnantes de maîtrise vocale avec des mentions spéciales pour Sarah Wegener, Aline Kutan et Marie-Nicole Lemieux. Sarah Wegener fut époustouflante dans le premier mouvement avec sa voix riche et des timbres chaleureux. Aline Kutan a eu toute l’attention du public lors de son apparition finale, alors que sa voix puissante semblait planer sur toute la salle, elle qui était placée à l’étage au-dessus des choristes. Quand à Marie-Nicole Lemieux, elle paraissait tout aussi à l’aise avec sa voix étoffée. On retiendra tout particulièrement le trio dans le deuxième mouvement qui nous offrit un moment de complicité et d’écoute intense.

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Du côté des messieurs, c’est la jeune basse David Steffens qui aura sans aucun doute retenu le plus l’attention ainsi que le baryton Russell Braun. Si le ténor Michael Schade a paru un peu coincé au début de la symphonie, il a fini par se libérer pour offrir un final bien plus éloquent.

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Pour cette œuvre, Nagano n’a pas lésiné sur quelques options de mises en scène très convaincantes notamment l’apparition ponctuelle d’un groupe de cuivres au balcon pour les fins des deux mouvements qui rendit la pièce encore plus impressionnante. L’orchestre de manière générale fut stable et charnel bien que parfois peut-être trop imposant dans la balance par rapport aux chœurs. On a pu ressentir au début quelques moments de flottement notamment dans les transitions entre les différentes sections. Mahler n’est jamais facile à diriger et à élaguer tant les partitions sont denses et complètes. Ceci s’applique particulièrement à cette immense symphonie qu’il faut avoir dirigé et assimilé, que ce soit pour les interprètes ou le chef d’orchestre. Il a fallu une petite dizaine de minutes à Nagano pour nous montrer qu’avait la main sur ses musiciens et qu’il arrivait à les tenir.

L’entrée des chœurs dans le deuxième mouvement fut réellement magique et une belle complicité avec l’orchestre, qui s’est glissé dans les timbres des chanteurs, s’est installée. Dans l’ensemble, l’interprétation de hier soir fut une véritable réussite et elle a su nous transcender petit à petit pour nous faire voyager dans l’ambiance sombre et torturée de Mahler et Goethe.


* Toutes les photos par Antoine Saito.

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