crédit photo: Yves Renaud
La nuit des rois

La nuit des Rois au TNM | Une adaptation sensuelle et festive

Après un début de saison avorté, le Théâtre du Nouveau Monde se relève de ses cendres avec la présentation d’une adaptation de La Nuit des Rois. L’auteure Rebecca Deraspe navigue encore une fois en eaux shakespeariennes, avec comme complice le metteur en scène Frédéric Bélanger, aussi codirecteur artistique du Théâtre Advienne que Pourra. Celle qui nous avait offert Roméo et Juliette et Je suis William vise juste une fois de plus, en démocratisant cette comédie de Shakespeare afin d’en dépoussiérer les thèmes les plus universels.

Une soirée festive et sensuelle 

Nous sommes au théâtre, et pourtant, un band live de trois musiciens nous accueille, en plus du célèbre personnage Feste, interprété par Benoit McGinnis, grand hôte de cette rocambolesque histoire. Déjà, le fou du roi le plus lucide invite à l’introspection : « Ce n’est pas mon rôle de vous divulguer le vôtre », rétorque-t-il à Viola (Clara Prévost), échouée en Illyrie à la suite d’un naufrage. Croyant son jumeau perdu en mer, la jeune femme se travestit en homme suite aux conseils de Feste afin de mieux s’adapter à sa nouvelle réalité. Viola, devenue Césario, se range au service du duc Orsino (Jean-Philippe Perras), qui lui, est épris de Lady Olivia (Marie-Pier Labrecque), qui elle s’éprendra à son tour de Césario. Autour de ce triangle amoureux, somme toute tragique, gravite une pléiade de personnages qui tirent tous admirablement leur épingle du jeu.

Tout d’abord, la servante d’Olivia, Maria, interprétée avec finesse par Kathleen Fortin, forme un autre trio, plus comique cette fois, avec Sir Toby et sir Andrew, respectivement Étienne Pilon et François-Simon Poirier. Les deux lurons provoquent l’hilarité dès leur entrée en scène, l’un pour sa verve d’ivrogne, l’autre pour son esprit niais et simpliste. Le costume de Sir Andrew joue un rôle à lui seul, puisqu’il donne un air de Ferrero Rocher humain au comédien, dont le timing comique extirpe des éclats de rire à la foule. Heureusement que Maria est là pour les ramener à l’ordre, avec une poigne de fer dans un gant de velours.

On retrouve aussi le fameux jumeau de Viola, Sébastien (Thomas Derasp-Verge), qui a finalement survécu grâce à l’aide du jeune Antonio, joué par Alex Desmarais. Les deux interprètes se démarquent à l’aide de la vivacité de leur jeu physique. La palme revient cependant à l’indétrônable Yves Jacques, qui revêt les habits de Malvolio, intendant de Lady Olivia qui, par une tromperie de Maria, croit qu’Olivia l’aime en secret. La scène où il découvre les sentiments de la belle se transforme en véritable numéro digne d’un stand up. Tout est calculé, mais semble pourtant si facile et spontané. Il vole littéralement la vedette grâce à son génie et à sa gestuelle précise. Plus tard dans la pièce, il s’abandonne même à un solo de batterie Il faut le voir en vrai : c’est la magie de l’art vivant.

Distribution cinq étoiles

C’est la magie de cette distribution cinq étoiles, dont tous les personnages brillent, littéralement : les costumes sont soit dorés, soit scintillants, et faits de matières qui font penser à une soirée chic ou à un évènement mondain où l’on se force pour être beau. À cela s’ajoutent des moments de pure poésie et d’extase musicale. La représentation se déploie sous nos yeux comme une longue soirée arrosée en bonne compagnie, faite de moments plus denses et d’autres, jouissifs.

La scénographie impressionne grâce à des projections vidéo soignées et enivrantes, évoquant la perte de repère des personnages en quête d’identité, de validation et d’amour. Presque toutes les projections sont filmées dans l’eau, ajoutant un aspect onirique à la courbe dramatique. Du début à la fin, la comédie flirte avec la sensualité, le désir, l’impatience et la souffrance de l’espérance.

L’intensité des intrigues amoureuses de Shakespeare trouve sa source dans les ardeurs de l’adolescence, mais ici, tous les personnages, quel que soit leur âge, vivent leur désir et leur passion avec le même empressement et la même étourderie. Rebecca Desraspe réussit toujours à appuyer sur le bon bouton, en traitant de féminisme, d’homosexualité et d’identité tout en respectant les codes d’un classique comme La Nuit des Rois. Elle offre aux mots un écrin contemporain et permet à toute une génération de se réapproprier Shakespeare. À voir absolument!

La nuit des rois est à l’affiche du TNM jusqu’au 15 octobre. Billets et informations par ici.

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