Kiki et la colère au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui | Une tragicomédie punk
Dans sa première œuvre pour le théâtre, le poète et cinéaste Alexandre Dostie fesse fort avec Kiki et la colère, un récit trash qui décortique les mécanismes de la colère et ses racines dans un milieu pauvre et bercé par la violence. Dans une scénographie troublante de Maude Janvier, un frère et une sœur, incarnés par Francis La Haye et Noémie O’Farell, se démènent à trouver leur cockatiel Kiki, qui finira par apparaître sous forme humaine (Tommy Joubert). Incursion dans l’univers d’un méchant moineau.
Alexandre Dostie affectionne une oralité toute québécoise, et ses mots sont empreints d’une poésie crue et terre à terre. Le personnage de Frankie incarne ce gars d’une classe sociale pauvre qui rêve d’ouvrir son pet shop et qui se réfugie dans l’amour des animaux pour renier tous ses secrets : le meurtre de son beau-père, l’inceste dont il a été victime, et qu’il perpétue en couchant avec sa demi-sœur Nono. Celle-ci, d’une intelligence limitée, suit Frankie comme un chien de poche. Elle s’expose sur les réseaux sociaux pour ses « suiveux », en pensant naïvement récolter de l’amour à travers des commentaires en anglais qui, en fait, objectifie son corps. Ces deux âmes sont liées par leurs traumatimes, et vivent dans une relation toxique qui les garde dans un cercle vicieux de violence.
Kiki et la colère est un objet théâtral dérangeant, mais familier, avec ses murs crasseux, ses élans de bruits irritants, de musique tonitruantes et d’effets dissonants. Les graffitis constellés des lettres K-I-K-I à l’infini forment une tache rampante assez creepy. Les éclairages de Nat Descôteaux créent des ambiances qui complètent la déchéance du reste de la pièce. Du sang gicle à plusieurs moments, on a même droit à de la merde d’oiseau et de la merde humaine. Les élans de rage et de désespoir des personnages pourraient nous toucher droit au cœur, parce que les trois acteurs sont très forts, tant physiquement que dans leurs interprétations respectives. Mais on ne sait pas si on doit brailler ou rire, prendre en pitié ou juger. Le décalage avec le texte et l’absurdité des choix d’accessoires déstabilisent, comme quand Nono déblatère avec la tête dans une cage d’oiseau, et il devient difficile de s’attacher aux personnages. Ça semble être un peu le but, de parodier la tragédie pour oublier à quel point c’est pénible. On n’arrive pas vraiment à déterminer les émotions que suscitent la pièce tant les ruptures de ton sont nombreuses.
Il reste que Francis La Haye, de ses qualités de danseurs, réussit à se métamorphoser dans ce personnage loin de lui, mais 100% crédible. Noémie O’Farell est aussi méconnaissable dans cette femme-enfant déconnectée de la réalité. Quand Tommy Joubert défonce le décor en gros cockatiel dégueulasse, il étonne par sa démarche d’oiseau légère, qui tranche avec ses répliques assassines. Beaucoup d’images fortes côtoient des tableaux risibles et cheap. On peut y aller en embrassant la convention, ou s’en indigner avec colère : entre les deux, la perplexité demeure.
À la salle Jean-Claude Germain du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui, jusqu’au 14 février 2026
Texte : Alexandre Dostie
Mise en scène : Sébastien David
Avec Tommy Joubert, Francis La Haye & Noémie O’Farell
Scénographie et accessoires : Maude Janvier
Lumière : Nat Descôteaux
Environnement sonore : Arthur Champagne
Costumes : Didier Senécal
- Artiste(s)
- Kiki et la colère
- Ville(s)
- Montréal
- Salle(s)
- Centre du Théâtre d'Aujourd'hui
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