Jeanne Côté

Jeanne Côté à la Maison de la culture Mercier | Le vent du fleuve, un soir de janvier sur Hochelaga

Allons droit au but ! Après seulement 5 minutes sur scène, c’est l’évidence : L’autrice-compositrice interprète Jeanne Côté est « sur son X » et pour longtemps. Empressez-vous d’assister à sa montée parce qu’elle risque d’être fulgurante.

C’est toujours un défi pour un (e) artiste émergent (e) de conquérir un public dans un événement gratuit présenté dans une Maison de la Culture, plusieurs vous le diront. Le vendredi 23 janvier dernier, Jeanne Côté a accomplie cet exploit avec une assurance certaine, digne d’une grande artiste.

Avoir grandi à Petite-Vallée et côtoyé les grands de la chanson d’ici, sont certainement suffisants pour s’agraffer à son ADN. Sa voix (toujours juste), son charisme et ses partages avec les spectateurs ont créé une magnifique expérience pour un public qui ose prendre le risque de découvrir de la nouveauté. C’était aussi très agréable d’assister à un concert au sein d’un public à l’écoute et respectueux.

J’ai assisté à de nombreux spectacles et toujours, je m’amuse à porter attention à l’auditoire pour identifier le « public cible ». Pour être honnête, l’exercice est parfois déroutant et mérite qu’on se questionne. Ce soir par exemple ; lorsque les billets sont gratuits pour découvrir une nouvelle artiste, c’est un peu n’importe quoi. J’ai remarqué peu de jeunes adultes de moins de 30 ans dans l’auditoire. Pourtant, Jeanne Côté écrit et compose avec son coeur, sur des sujets très près de leurs réalités. Ça m’a fait penser à un autre jeune artiste qui semble vivre le même sort : Elliot Maginot.

Mais comment convaincre le jeune public de se déplacer et s’ouvrir à nos nouveaux talents ? Est-ce que la distribution de billets gratuits dans les écoles pour des spectacles musicaux réservés aux moins de 30 ans pourrait représenter une solution ? On devrait tenter l’coup, juste pour voir ! Parce que soyons clairs et ne m’attaquez pas avec des accusations d’âgisme – j’ai 55 ans de toute façon ! – je conviens que l’amour de la culture n’a pas d’âge ! Mais les propos et les émotions exprimées dans les compositions de Jeanne Côté concernent davantage les jeunes… Mais où sont-ils ces jeunes ?

Bref, en 2026, elle peut crier haut et fort qu’elle n’est plus seulement « la fille de…». elle est Jeanne Côté, l’artiste. J’y viendrai plus loin.

Le moment marquant de la soirée est définitivement son interprétation de son succès Le poids, tiré de son 2e album Nos routes pleines de branches. Dès cette première note, les premiers mots, les premiers mouvements de son corps, Jeanne Coté prend son envol et on partage avec elle son bonheur de vivre cette pièce qu’on peut souvent entendre sur les ondes d’Ici Musique. Un merci particulier à l’équipe de l’émission matinale Déjeuner en paix pour les nombreuses découvertes au fil du temps.

Énormément d’humilité de la part de cette jeune femme issue du grand univers du Festival de la Chanson de Petite-Vallée. Pas un mot à propos de papa, le grand créateur du Festival, pas un mot à propos des opportunités de rencontres que ce Festival a pu lui apporter. Son père Alan est quand même le grand maître de ce Festival auquel participent les plus grands de l’industrie musicale depuis maintenant 42 ans.

Les textes de Jeanne Côté sont synonymes de coeur : parfois de ruptures, parfois de rencontres, comme elle l’exprime si bien. Son spectacle m’a réellement donné l’envie de me déposer, de m’arrêter devant un bon latté et de découvrir ses textes. Un hymne à la candeur de la jeunesse, à travers une sincère ouverture face à la vulnérabilité, contrairement à notre société actuelle qui se limite souvent au « toujours bien paraître ».

Une présence scénique remarquable

Il est aussi impossible de passer sous silence son aisance sur scène. Jeanne est accompagnée de 3 musiciens, tous très discrets, mais efficaces. Pas de moments solos pour prendre un peu « le spot », rien. C’est comme si Arthur Bourdon-Durocher (batterie), Émilie Proulx (basse) et Zachary Boileau (guitare) murmuraient doucement à l’oreille de leur partenaire de tournée « Vas-y, cette soirée est à toi Jeanne, on est là, juste derrière ». D’ailleurs, la chanteuse gaspésienne les présentera deux fois plutôt qu’une lors de son spectacle, en prenant soin de souligner que chacun d’entre eux bossent sur des projets musicaux en parallèles et en invitant le public à les découvrir eux aussi.

Artiste émergente, peut-être encore pour quelques temps ? Mais prenez garde au troisième album, ça risque de frapper fort.
Désolé Jeanne pour la pression!

Avec un décor et un éclairage minimaliste, on s’était cru comme dans une première partie. Ça, c’était avant que Jeanne Côté monte sur scène et qu’elle nous prouve que son « super pouvoir artistique »= » s’appuie plutôt sur sa présence et son talent.

Je suis déjà fébrile à l’idée qu’un jour je pourrai assister à son spectacle solo, seule sur scène. Mais donnons-lui du temps pour lui permettre de vivre de nouvelles émotions, joyeuses pour la plupart on l’espère, qu’elle déposera si bien sur papier ou sur son dictaphone comme elle dit.

À l’avenir, quand j’entendrai Jeanne Côté, il me reviendra en mémoire le grand talent d’une Salomé Leclerc à ses débuts, la sincérité du coeur d’Ingrid St-Pierre multiplié par son bagage de vie bien à elle ; inspiré de la fraîcheur du fleuve et du Théâtre de la Vieille Forge qui l’ont vu grandir.

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