Jacob Collier

Festival de Jazz de Montréal 2019 – Jour 6 | Jacob Collier au Club Soda : De prodige à génie

Les gens chantent toujours dans les concerts. Ça va de soi. Mais jamais comme l’a fait le public présent au concert du Londonien Jacob Collier, multi-instrumentiste prodige âgé de seulement 24 ans avec un quadruple album en route. Il a dirigé l’audience tel un chef d’orchestre, tant dans ses mouvements que dans sa prestance tout en interprétant une multitude de morceaux aux styles complètement différents, courant d’un instrument à l’autre sans répit ni fausse note.

Jacob Collier s’est fait connaître grâce à ses vidéos sur Youtube où plusieurs petits Jacob créaient des harmonies incroyables sur des covers de morceaux comme Don’t You Worry ’bout a Thing de Stevie Wonder ou la chanson thème des Flintstones. Il était alors à peine âgé de 18 ans et maniait une variété d’instruments avec brio, avec une voix au registre épatant et des harmonies et s’est rapidement fait découvrir.

Deux ans après son dernier passage à Montréal, Jacob Collier est de retour avec son groupe, un trio composé de musiciens issus de partout dans le monde et à la palette de compétences musicales indubitablement bien garnie.

La différence entre un concert normal et Jacob Collier, (parce que oui, il y a certainement quelque chose d’anormal chez lui, dans la plus positive des façons) c’est qu’il entre sur scène et commence à faire répéter différentes notes à différentes parties de la salle, pour finalement créer une agréable harmonie ou une sorte de chorale.

Déjà aux premières notes poussées, on comprend que l’amplitude vocale et la grandeur du registre de Jacob Collier est quelque chose d’unique qui n’est pas exactement reproductible. Il a commencé la soirée par With The Love In My Heart, morceau présent sur le premier volume de sa tétralogie musicale, Djesse. Il est difficile de ne pas être essoufflé en regardant le multi-instrumentiste virevolter entre ses claviers, sa batterie placée pour qu’il puisse jouer debout, en plus de plusieurs percussions et une contrebasse derrière lui. Tout ça pour une seule chanson.

Il change ensuite de registre avec Hideaway, morceau qui était présent sur son premier album In My Room, entièrement enregistré dans la quiétude de sa chambre (musicale). Le piano est son principal instrument et l’alliage entre ses envolées vocales et sa capacité d’improviser avec tant d’aisance donne lieu à des créations hors-normes.

Djesse

Après quelques autres morceaux, marathons entre les instruments, modulations multiples et changements de rythme, il s’est posé quelques instants pour parler de Djesse. Collier a réuni, dans cet album en quatre volumes, un assemblage de tous les genres musicaux existants. Passant de trucs plus classiques, lents, moody à des choses qu’il décrit comme bizarres, funk et pas écoutables.

Le tout pour finalement annoncer qu’il interprétera la chanson Djesse, qui transmet ce désir qu’il a de vivre dans le moment présent, comme un enfant. «C’est l’enfance, dans sa meilleure façon d’être», explique-t-il.

Il a ensuite passé une bonne dizaine de minutes en tête à tête avec son piano, où il a interprété Ocean Wide, Canyon Deep, d’une mélancolie à en tirer des larmes à quelques un(e)s. Il interprète chaque chanson avec un tel engagement qu’il est impossible de ne pas le croire dans sa livraison du morceau. L’interprétation est pure et crue, mais qui est en même temps si léchée et travaillée à la perfection.

Autre moment fort du concert, (il faut mentionner qu’il n’y avait pas de moment faible, hormis les gens qui parlaient pendant le concert, vous vous reconnaîtrez) le cover de Hallelujah de Leonard Cohen. On ne saura jamais si c’était uniquement pour Montréal, mais l’interprétation était nouvelle et originale et faite avec brio et respect. Un beau clin d’oeil et hommage au musicien.

Après avoir terminé le concert avec un morceau de George Gershwin, Jacob Collier s’est seulement fait attendre une minute ou deux avant de revenir sur scène. Sa seule condition : tout le monde doit s’asseoir. Imaginez la scène : les quelques centaines de personnes du Club Soda, qui emplissent le parterre, toutes assises,se balançant aux airs doux et confortables du morceau In My Room.

Ceux qui pensaient que Collier allait vraiment quitter la scène par la suite n’ont pas vu venir la suite. Un rappel de 40 minutes totalisant 2 heures et demi de spectacle. Il s’est amusé, simplement. L’ensemble de la foule a pu participer à la création de ce souvenir, de ce concert où tous auront chanté et créé des harmonies.

Ce genre de concerts rappelle pourquoi la musique peut unir tout le monde, sans l’aide de mots : quand plusieurs centaines de personnes créent une harmonie et vibrent tous ensemble sous l’agitation du génie de Jacob Collier.

 

Première partie : Madison McFerrin

La première partie du spectacle ne doit pas être négligée non plus. Madison McFerrin, fille de Bobby McFerrin, a fait un choix audacieux, mais hautement percutant, en choisissant de faire un concert uniquement a cappella. Pour chaque chanson, elle créait son rythme et les enjolivements vocaux qui venaient avec sa chanson, pour ensuite placer les mots et la mélodie avec une force brute et un contrôle vocal désarmant.

Fille du chanteur jazz Bobby McFerrin, dont elle garde certainement un héritage marqué, elle a opté pour un cover de Toxic de Britney Spears avant d’interpréter ses propres morceaux. Son humour et sa personnalité forte ont immédiatement fait surface après que certains aient commencé à claquer des doigts au même rythme qu’elle. «Certains d’entre vous ont du rythme et d’autres non», a-t-elle fait remarqué à la blague, intimant discrètement aux gens de ne pas participer lorsque ce n’était pas demandé. Ç’a probablement donné un bien plus beau résultat.

À travers ses morceaux, elle a raconté des anecdotes concernant une hymne nationale ratée en 2016 et le trolling des réseaux sociaux qui s’en est suivi, mais aussi sa motivation par la suite à faire des concerts en solo et envoyer un doigt d’honneur à ceux qui ne l’aimaient pas.

Les chansons Shine et No Time To Lose ont finalement permis au public de participer et ont clos sa performance de façon absolument brillante. Sa connexion avec le public était indubitable et l’atmosphère intime de sa prestation ne faisait que l’amplifier.

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