Philippe B

Entrevue avec Philippe B | Se réinventer par-dessus tout

On reconnaît les grands artistes par la capacité qu’ils ont à se réinventer, malgré la tentation de ne pas changer une recette gagnante. C’est le pari qu’a pris Philippe B pour son quatrième album Ornithologie, la nuit, une œuvre plus sobre et moins sombre. Rencontre.


Après le succès d’estime de ton précédent album Variations fantômes, presque devenu culte instantanément, as-tu ressenti de la pression pour l’écriture de celui-ci ?

Un peu, parce que je savais que cet album-là allait être entendu et qu’il ne sortirait pas dans le vide. À l’époque, Variations fantômes, je le faisais pour moi. Il n’y avait pas vraiment de demande populaire, les demandes de subventions ne marchaient pas vraiment non plus…

Pour Ornithologie, la logistique était différente. J’avais un label qui avait des moyens, je savais qu’il y allait avoir un lancement. Malgré le budget assez intéressant qui m’était accordé, j’ai décidé de faire quelque chose de simple qui coûte pas cher.

 

Dans une entrevue donnée à La Presse  il y a quelques mois, tu disais t’être imposé deux contraintes pour cet album : « ne pas échantillonner de musique classique et éviter le thème de la peine d’amour ». Est-ce que ça t’a brimé dans ta création ? 

Pour ce qui est du sampling, je voulais absolument l’éviter parce que c’est typiquement la facture sonore de Variations. Disons que ça m’a rattrapé assez rapidement… Sur l’album, il y a 5-6 tounes constituées d’emprunts assez clairs, notamment L’année du serpent sur laquelle j’ai essentiellement repris toute une ligne de clarinette de Stravinsky.

Il y a également un motif de la mélodie d’Ornithologie 2 qui fait écho à une toune de be-bop de Charlie Parker. J’aime entrer en dialogue avec des œuvres qui existent déjà. À la base, je voulais éviter cette idée-là, mais elle est revenue.

Pour ce qui est des ruptures, j’ai respecté ma contrainte. J’écris des chansons d’auto-fiction, donc vu que je n’étais pas mal en point dans ma tête, ni dans mon cœur, c’était normal que je n’écrive pas là-dessus.

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Beaucoup de tes nouvelles chansons font écho à la température, à des périodes précises de l’année, à des endroits bien définis… Comment définirais-tu la thématique de l’album ?

En fait, j’en cherchais une bien précise, mais je n’en ai pas trouvée. C’est finalement devenu un album avec une thématique plus large, celle de la quête du bonheur, après la sortie de l’ombre propre à Variations fantômes.

Il y a trois différents chemins qui sont proposés au courant de l’album. Le premier, c’est la quête de sens, d’énergie spirituelle, de mystère. Il y a des références à la religion judéo-chrétienne sur Alice et d’autres références plus orientales, sur L’année du serpent notamment.

Le deuxième, c’est sortir de la solitude. À ce moment, j’entre en contact avec l’autre et tente de l’apprivoiser. Puis, le troisième, c’est tout notre rapport avec la superficialité et le matériel. Ça paraît péjoratif, mais c’est présent dans la vie de tout le monde.

Les saisons sont omniprésentes à l’intérieur de ces trois chemins-là. L’album commence en hiver, c’est assez sombre… Il faut tougher les 3-4 premières tounes pour vraiment comprendre la thématique.

 

On dit de ce nouvel album qu’il est plus sobre, dépouillé. Le perçois-tu comme ça ?

L’impression générale, c’est qu’il y a beaucoup moins de stock que sur mon précédent. C’est une perception erronée puisque le nombre de pistes par chanson est essentiellement le même. Le seul truc, c’est qu’il n’y a pas de sampling et que souvent, dans un seul échantillon, il pouvait y avoir une vingtaine de couches sonores. Ça donnait des chansons très chargées, mais pour moi, c’était juste un élément de la chanson. Reste que je ne peux pas dire le contraire : c’est un album de chanson, donc, oui, dépouillé.

L’important, c’est le gars qui récite son texte avec sa guitare. Même s’il y a beaucoup d’éléments parfois, notamment des cuivres et des vents, je les mets tous au service du texte.

 

On se rappelle qu’en 2011, tour à tour, le Gala de l’ADISQ et le GAMIQ t’ont boudé dans leur remise de prix, malgré le succès d’estime incontestable de Variations. Est-ce que tu penses pouvoir rectifier le tir cette année ?

Peut-être, mais, sinon, c’est vraiment pas grave. Ce qui est drôle, c’est qu’en 2011, on a tellement parlé de mon absence de nomination que ça m’a été autant bénéfique que si j’avais remporté un prix.

Reste que ça serait simplement l’fun d’en gagner un pour la promo que ça peut apporter. On s’entend que l’ADISQ, son but, c’est de promouvoir ses membres. Donc, si elle me donne un prix, ça aide mon album à être entendu, à avoir une nouvelle vitrine. Pour l’instant, j’essaie de ne pas trop m’en faire avec ça.

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