Entrevue avec Jeanphilip | S’entourer, pour encore mieux créer
Jeanphilip, artiste indépendant qui baigne dans le milieu de la musique depuis plus de 20 ans, a fait paraître hier Orage à l’est, une compilation de « B-Sides » misant sur l’aspect collaboratif de la musique et faisant suite à son cinquième album, Vérandas, datant de 2024. Une manière pour lui de clôturer un chapitre de sa carrière, et d’envisager déjà la suite.
« C’est mon troisième album de faces B que je sors depuis 2009 », lance Jeanphilip, artiste électro-rock de Québec, au bout du fil.
J’ai toujours aimé cette idée-là. Quand j’étais petit, il y avait des vinyles que, souvent, à la face B, c’était justement des remixes, des versions instrumentales ou des versions alternatives.
Voilà la raison plus « simple et personnelle » de Jeanphilip qui explique cette nouvelle sortie. Mais le musicien renchérit en détaillant que cet Orage à l’est lui donne l’occasion de rester dans l’actualité, que son nom circule encore dans les nouvelles sorties. « Côté artistique, ça m’a permis d’être toujours en train d’enregistrer quelque chose, de collaborer avec quelqu’un, de faire un visuel, faire un vidéoclip. Ça m’a gardé dans quelque chose de très créatif depuis 2-3 ans. »
Du Saint-Laurent à la Seine
Jeanphilip est originaire de Québec, mais il a un grand attachement pour la France. Il a même vécu deux fois dans l’Hexagone, et il y retourne souvent. Ces va-et-vient continuels lui ont permis de se lier d’amitié avec des artistes français, qui ont débouché sur de nombreuses collaborations, notamment dans Orage à l’est. Le producteur parisien Laurent Jaïs (qui avait également mixé La mécanique des jours, avant-dernier album de Jeanphilip) s’est chargé de remixer deux morceaux de la nouvelle sortie, tandis qu’Armelle Yons, aussi Française, a étoffé le morceau de Jeanphilip Les amants, devenu Du Saint-Laurent à la Seine.
La relecture la plus intéressante du lot, d’après nous? Regarder l’orage à l’est, du duo français La Bestiole, développée à partir d’une outro d’1min30 sur Vérandas. « Il y a la guerre actuellement en Europe. On en est conscient ici en Amérique, mais c’est quand même loin de nous. » D’où la référence « orage à l’est », renvoyant au conflit en Ukraine.
« Cet essai-là, on pourrait dire, avait énormément inspiré Olivier Azzano [du groupe La Bestiole]. Ça l’a interpellés, beaucoup, mais il trouvait que je n’étais pas allé assez loin dans cette idée-là [rires]. Avec sa partenaire, Delphine Labey, ils ont échantillonné ma chanson, puis ils ont réenregistré par-dessus une autre batterie, la basse, la guitare acoustique. Delphine a écrit un texte. Moi j’ai refait une voix par après. Maintenant, c’est une vraie chanson à part entière. On a même tourné un vidéoclip qui va sortir dans un mois, un mois et demi, par rapport au morceau. »
Bien qu’il soit un artiste indépendant s’occupant de quasiment tous les compartiments de sa carrière (jusqu’à la conception « homemade » des CD!), Jeanphilip met l’accent sur l’aspect collaboratif de ses deux derniers projets.
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J‘ai mis tous les noms des personnes qui ont participé soit à mon album Verandas, qui est un peu la face A, soit Orage à l’est, qui est la face B, et la liste est longue. Je ne les ai pas comptés, mais il doit y avoir au moins 20 personnes qui ont soit joué, soit mixé, masterisé, travaillé sur les visuels, les photos, les vidéos. C’est vraiment le genre de projet qui ne se fait pas tout seul.
Les premiers albums de Jeanphilip se rapprochaient davantage d’un son rock plus « pur », avec une guitare, une basse et une batterie seulement. De plus en plus, l’artiste explore un virage électro-rock, nommant notamment des influences comme les groupes belges dEus et Soulwax, mais surtout et avant tout LCD Soundsystem. Ce qu’il trouve particulièrement attrayant dans ce son? « C’est l’idée d’avoir une perspective électro, mais de jouer de façon organique, avec de vrais instruments. C’est vraiment ça qui me motive. »
Jeanphilip regarde essentiellement quelques projets électro-rock à succès, mais pas que : il veut constamment se faire bousculer dans ses découvertes, pour l’empêcher de faire du sur-place. « Je baigne constamment dans de la nouveauté, et ça fait plusieurs années que j’ai ce mode de vie-là. Quand je crée, j’essaie de ne plus avoir d’assises trop fortes. Je veux un peu être noyé dans 10 000 chansons, pour ensuite créer mon truc à moi, dit Jeanphilip. L’exemple, c’est quelqu’un qui écoute juste du Radiohead, et qui écrit des chansons, il y a de fortes chances qu’elles sonnent comme du Radiohead. Tandis que si tu écoutes 10 000 artistes différents, après, ça ressemble à quoi? Ça ressemble à tout et à rien.
Nécessairement, quand on est artiste, on est comme une éponge, on absorbe tout ce qu’on écoute. J’essaie de rester dans quelque chose de très ouvert.
Venant tout juste de clore le chapitre Vérandas/Orage à l’est de sa carrière, Jeanphilip regarde déjà en face la prochaine étape : une nouvelle chanson est déjà terminée, masterisée, et trois autres morceaux sont actuellement en cours de préparation. Quelle forme prendra le projet? « Peut-être un EP, est-ce que je vais me rendre jusqu’à l’album? On verra.» Et la date de sortie de ce prochain lot de morceaux? « Il y a des bonnes chances que soit l’automne prochain, sinon à l’hiver prochain, que j’entame déjà un nouveau cycle de sorties avec ce nouveau matériel. »
Jeanphilip prépare une tournée en France à l’automne 2026, mais, pour l’instant, aucun concert n’est annoncé au Québec d’ici là. Une occasion pour Jeanphilip de polir son nouveau matériel en vue d’une sortie imminente. Vous pouvez dès maintenant écouter Orage à l’est, le nouvel album de « B-Sides » de Jeanphilip, sur Bandcamp ci-bas.
* Cet article a été produit en collaboration avec Bunker D’Auteuil.
- Artiste(s)
- Jeanphilip
- Catégorie(s)
- Electro, Electropop, Francophone, Indie, Pop, Québécois, Rock,
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