crédit photo: Maureen Sassi
Emilie Simon

Entrevue avec Émilie Simon | Un voyage à travers les astres 

Après 10 ans sans sortir de nouvel album, bien qu’il y ait eu quelques EP ou contes musicaux en chemin, la chanteuse française Émilie Simon revient cette année avec Polaris. Dans cet album, on peut découvrir le voyage à travers les étoiles du personnage Lily Mercier. L’album sort le 29 mars 2024, soit 10 ans après qu’Émilie Simon ait commencé à travailler sur le projet. Émilie Simon a accepté de rencontrer Sors-tu? pour une entrevue.

 

Un album, ça prend du temps

C’est la première fois en dix ans qu’Émilie Simon sort un nouvel album original, Polaris, mais cela ne veut pas dire pour autant qu’elle n’a pas travaillé sur de nouveaux morceaux au cours des dernières années. En entrevue, la chanteuse et compositrice explique qu’« entre temps, il y a des projets parallèles qui sont sortis : musique de film, EP, un album l’année dernière pour souligner les vingt ans de son premier album, un conte musical qui s’appelle Phoenix, sorti à l’automne dernier ». L’artiste a même réalisé un court métrage d’une quinzaine de minutes pour le projet Phoenix.

Pour Émilie Simon, Polaris « est un album qui a évolué. » « C’est un album qui mûrit depuis longtemps, explique la musicienne, et [elle est] heureuse de le voir prendre forme, prendre jour ». Elle explique d’ailleurs que ses albums sont comme des bébés pour elle, la création d’un album représente donc une grossesse. « C’est vraiment comme porter un bébé en fait, on ne peut pas, enfin moi je ne peux pas faire 10 albums en même temps. Tant qu’il n’est pas terminé, on ne peut pas passer à autre chose », affirme la chanteuse au cours de l’entrevue.

Cela rend cependant la sortie de l’album plus impactante pour l’artiste. « On est quand même content que ça sorte et que ça prenne vie, de pouvoir passer aussi à un autre chapitre, détaille-t-elle. C’est aussi une libération, c’est sûr, plus longtemps on l’a porté, plus on arrive à apprécier la naissance ». Cette libération n’efface pas le fait qu’une sortie d’album reste angoissante pour l’artiste. « C’est toujours stressant d’exposer son travail parce que [ça nous rend] très vulnérable. De toute manière, c’est une partie de moi. Que j’y aie passé 6 mois ou 6 ans, au final, c’est toujours un petit peu sensible. Mais c’est un bonheur. »

L’idée de l’album Polaris est née en 2014, la chanteuse attendait juste que le moment soit le bon pour le montrer au public. L’auteure-compositrice et interprète voit son album comme un puzzle, il faut trouver les bons morceaux qui vont aux bons endroits. C’est pour cela que le processus de création a été long. Émilie Simon raconte que l’histoire elle-même a mis du temps à arriver à ce qu’elle en est aujourd’hui, et pas forcément parce qu’elle était incomplète, mais peut-être aussi parce qu’elle devait être simplifiée, aller à l’essentiel, et trouver les bons morceaux. « C’est pour ça qu’il y a énormément de morceaux que je n’ai pas mis sur l’album. »

 

Entre métaphores et voyage initiatique

Polaris est un album qui peut être écouté et apprécié de différentes façons. Il est possible d’apprécier chaque morceau dans le désordre ou sans écouter les autres. Mais si l’album est écouté dans son intégralité et dans l’ordre, une trame narrative se forme. Polaris forme le récit initiatique de Lily Mercier qui a « perdu son Nord » et qui essaie de se retrouver. C’est d’ailleurs pour ça que l’album porte le nom de l’étoile du Nord.

Le personnage de Lily est une part d’Émilie Simon. « C’étaient certaines facettes de moi-même que j’ai projetées sur un personnage », explique la chanteuse. Lily Mercier était déjà présente dans le conte musical Phoenix. « Au début, elle est née par rapport à Polaris, mais finalement, elle a d’abord vu sa naissance avec Phoenix, où elle était déjà passée du stade de vampire à la vie ». Dans Polaris, ce sont les étoiles que le personnage va cette fois-ci explorer. Pour la chanteuse, Lily est un moyen d’explorer des endroits où Emilie ne pourra jamais se rendre. « C’est une opportunité de créer une sorte d’avatar qui va se promener dans différents mondes, différentes dimensions. »

Je ne peux pas aller, donc c’est elle qui y va.

Le personnage de Lily pourrait éventuellement revenir dans d’autres projets, mais rien n’est sûr. « Elle apparaît déjà dans deux projets, peut-être que ça va continuer, je ne sais pas, on verra », affirme la chanteuse.

Dans cet album, ainsi que dans ses chansons plus anciennes, Émilie Simon utilise beaucoup d’images et de métaphores. On retrouve souvent la présence de plantes, d’animaux, il y a également de nombreuses mentions à des étoiles ou à la Lune. L’artiste française a toujours été attirée par le monde céleste. « Ça m’inspire beaucoup, je trouve ça apaisant. Et aussi le grand mystère de l’univers. J’ai toujours adoré la nuit, les étoiles, la Lune. C’est vrai que c’est un thème qui traverse beaucoup mes albums, pour en arriver à Polaris. »

La chanteuse aime utiliser des symboles et métaphores pour exprimer ses idées. « Je suis sensible à la symbolique des choses, c’est souvent très imagé, très poétique. Je ne suis pas trop dans le réalisme, […] je préfère exprimer mes choses à travers des symboles. »

C’est d’ailleurs cet amour de la symbolique qui a apporté le personnage du tigre ailé dans l’album Phoenix. La chanteuse a « l’impression que le Tigre a vraiment une symbolique, comme chaque animal. Ça aurait été une autre symbolique si ça avait été un lion [ou encore une autre pour] un cheval». Pour la chanteuse, le personnage et le symbole du tigre lui sont apparus comme une évidence, et elle ne pourrait pas entièrement l’expliquer. « J’ai fait des recherches après, parce que je ne sais pas pourquoi il est venu lui et pas un autre. Mais je me rends compte que dans de nombreuses cultures, le tigre a aussi une place importante, il y a le côté guerrier, il a sa propre force. Je pense que dans mon histoire, [le personnage de Lily] avait besoin de cette force très puissante. Ce n’est pas un animal qui développe une poétique ou une douceur de papillon, le tigre c’est vraiment très frontal, dans la confrontation. Il y a une espèce de détermination dont Lily a besoin. »

 

La mélodie avant les paroles

Les morceaux et les albums d’Émilie Simon, en particulier ses deux derniers projets, Phoenix et Polaris, racontent des histoires, les paroles sont importantes. L’album Polaris est chanté en français et en anglais, tout comme d’autres productions de l’auteure-compositrice-interprète. Les personnes qui écoutent l’album ne comprennent pas nécessairement les deux langues, voire aucune de deux. Pourtant, la chanteuse ne pense pas que cela soit un problème pour entrer en connexion avec la musique qu’elle propose.

Émilie Simon pense que la mélodie est ce qui peut toucher le plus facilement les gens. « Je crois qu’en général, dans la musique, c’est souvent la mélodie qui passe d’abord. Ça m’est arrivé même étant enfant, je ne parlais pas anglais et j’arrivais à connecter avec des morceaux qui n’étaient pas dans ma langue natale, simplement parce que la mélodie venait me toucher. »

Bien que les paroles aient une importance pour Émilie Simon, elle ne les considère pas essentielles à la compréhension des émotions, du message ou de l’histoire d’un morceau. « C’est comme si ça arrivait loin derrière la mélodie, l’énergie, l’interprétation… C’est ce qui est beau avec la musique, on va connecter avec les gens sur des plans qui sont même en dehors de la langue utilisée. »

Au-delà du sens, selon la musicienne, les changements dans sa voix et sa musicalité peuvent suffire pour que le public apprécie les morceaux. « Même s’il ne comprend pas bien, pour lui, c’est agréable, c’est harmonieux, ce sont des sons en fait. » Le fait de chanter dans deux langues est un plaisir pour l’artiste française.

Elle n’utilise d’ailleurs pas les deux langues dans le même but. « L’anglais, je l’utilise de manière plus mélodique alors que le français, je l’utilise peut-être un peu plus pour l’angle littéraire. Donc je ne mets pas la même importance dans les paroles. Quand c’est en français, il y a peut-être quelque chose d’un peu plus cérébral, on va dire. Alors que l’anglais, je vais plus l’utiliser pour des arabesques mélodiques. Les paroles sont moins – je les perçois un petit peu moins – importantes par rapport à des chansons en français. Après ça dépend, il n’y a pas de règles », explique la chanteuse.

 

Un concert dans l’univers Polaris

L’album Polaris est une histoire, pendant son écoute. Le public tombe dans l’univers de Lily Mercier, et son voyage à travers les étoiles, en recherche d’elle-même et de son bien-être. Émilie Simon n’a encore pas joué l’album devant un public, les répétitions pour ce spectacle ont à peine commencé. Mais la chanteuse a tout de même une idée de ce à quoi les concerts pour cet album pourraient ressembler.

« Je pense que ça va être vraiment tout l’album, j’aime bien l’idée de me plonger dans un univers Polaris. Je ne veux pas passer d’un truc à l’autre, c’est plutôt comme ça que je vois ce concert. On part vraiment dans un voyage et je crois que ça peut se retrouver sur scène, les mêmes couleurs, la même ambiance, je pense que c’est vraiment un spectacle Polaris », annonce la chanteuse.

Émilie Simon ne ferme pas la porte à la possibilité de chanter des morceaux provenant d’autres projets lors des concerts dédiés à l’album Polaris. « Ça peut coexister avec plein d’autres morceaux que j’ai faits ».  « Je pense que [Polaris] a quand même sa propre personnalité et je veux pas trop le mélanger avec le reste », contrebalance-t-elle.

Lors de son concert à Montréal le 3 mars, la chanteuse va présenter des morceaux plus anciens, mais elle va également jouer pour la première fois certaines de ses nouvelles chansons. La chanteuse affirme avoir créé une setlist spécialement pour Montréal. Sors-tu? a hâte de découvrir ce qu’Émilie Simon a préparé pour son public montréalais au Gesù ce dimanche soir.

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