Orchestre Symphonique de Montréal
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Edward Gardner et Antoine Tamestit à la Maison Symphonique | Ultime précision

Ce samedi 9 novembre, Edward Gardner, chef attitré de l’Orchestre Philarmonique de Bergen et futur chef de l’Orchestre philarmonique de Londres, ainsi que l’altiste de renommée mondiale Antoine Tamestit étaient réunis pour un concert exceptionnel. Ces deux musiciens ont enflammé la Maison Symphonique, pour la plus grande joie du public.

Le programme réunissait trois œuvres du milieu du 20e siècle: la Sinfonia da Requiem de Benjamin Britten (1913-1976), le Concerto pour alto de William Walton (1902-1983) et les Danses symphoniques, op. 45 de Sergueï Rachmaninov (1873-1943). Le choix de ces œuvres vient en partie de ce qu’elles partagent: les thèmes du souvenir et de la nostalgie.

Britten et Walton en première partie

Cette froide soirée de novembre s’ouvrait par un récital pré-concert pendant lequel étaient jouées la Passacaille pour violoncelle seul de William Walton et la Suite pour Violoncelle de Benjamin Britten, où s’illustrait le jeune violoncelliste Gabriel Martins. En écho à cette ouverture de soirée, la première partie de ce concert présentait des œuvres des mêmes compositeurs.

Edward Gardner ouvrait le bal avec la Sinfonia da Requiem, op. 20 de Benjamin Britten. C’est en 1939, à l’âge de 26 ans, que le compositeur anglais reçut cette commande du gouvernement japonais, pour la célébration du 2600e anniversaire de la fondation de la dynastie impériale. Son œuvre, conçue comme une lamentation face au déclenchement de la guerre, fut refusée par le Japon. Selon les officiels, le ton mélancolique de la mélodie ne pouvait pas accompagner une cérémonie nationale. L’œuvre fut présentée plus tard, au Carnegie Hall, le 29 mars 1941. L’Orchestre Symphonique de Montréal et Edward Gardner, son chef pour la soirée, ont fait ressentir toute la gravité et les nuances de l’œuvre.

Antoine Tamestit, photo par Birkenholz

La deuxième œuvre jouée nous offrait l’apparition de l’altiste Antoine Tamestit, reconnu pour sa technique impressionnante et sa sonorité infiniment nuancée. Le Concerto pour alto de William Walton est l’une des œuvres les plus connues pour alto, dont le répertoire a longtemps été restreint, puisque l’instrument jouait les parties intermédiaires entre le second violon et le violoncelle.

Écrit en 1929 pour l’altiste Lionel Tertis, sur la suggestion du chef d’orchestre Sir Thomas Beecham, il fut d’abord rejeté par Tertis, avant que celui-ci reconnaisse sa valeur et accepte de le jouer. Le Concerto pour alto s’inspire directement d’Elgar, en intégrant subtilement les influences de Stravisky, de Ravel et du jazz. Il a, comme la Sinfonia da Requiem, un caractère mélancolique, mais il fait tout de même alterner ce sentiment avec des explosions musicales plus joyeuses. Antoine Tamestit semble plus qu’à l’aise dans ce concerto, faisant voleter son alto, jouant avec énergie et ultime précision.

Edward Gardner, photo par Benjamin Ealovega

Les Danses symphoniques, dernière œuvre de Rachmaninov

Après avoir joué des œuvres de jeunesse, l’orchestre s’attaquait en deuxième partie à la dernière œuvre de Rachmaninov: les Danses Symphoniques, dédiées au chef d’orchestre Eugene Ormandy et à l’orchestre de Philadelphie, que Rachmaninov considérait comme le meilleur orchestre du monde. Cette œuvre est construite en trois longs mouvements, centrés autour d’une valse élégiaque et terminés par un finale exubérant et retentissant. Dans le premier mouvement, on est saisi par les timbales, le chant mélancolique du saxophone alto, mais aussi par la harpe et le glockenspiel. Au cours du deuxième mouvement, on peut entendre le cor anglais, qui élève le thème de la valse et le dramatise. Enfin, on ressort surtout marqués par l’explosion finale, qui fait intervenir à nouveau le cor anglais et le tam-tam.

Il semblerait qu’Edward Gardner se soit bel et bien imposé au cours de la soirée, avec une direction qui révèle majestueusement l’orchestre, mis en valeur par la magnifique Maison Symphonique.

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