Agamemnon in the ring

Agamemnon in the Ring au Théâtre Denise-Pelletier | L’euphorie de la lutte au théâtre

Voilà déjà quelques années que la pièce Agamemnon in the Ring, spectacle pour le moins unique des Créations Unuknu qui se veut « un mélange de tragédie grecque, de spectacle de lutte et d’opéra rock», est présentée dans diverses salles au Québec. Une soixante de représentations aux Écuries, au Quat’sous et ailleurs qui, chaque fois, titillaient notre curiosité, surtout nous, média culturel ayant intégré la lutte parmi les formes d’art scénique que nous couvrons désormais. Mais l’occasion ne s’était encore jamais présentée… Le destin eût voulu que ça se passe lors d’une représentation scolaire dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Aussi bien dire LE MEILLEUR CONTEXTE pour vivre une telle expérience euphorisante!

Tel The Ultimate Warrior à Wrestlemania 8, Agamemnon in the Ring effectue un retour en force… au Théâtre Denise‑Pelletier! Le spectacle phénomène y est présenté du 3 au 21 février 2026, au coeur d’un quartier de Montréal où la lutte a toujours fait partie du paysage. À quelques coins de rue de l’Église Très-Saint-Rédempteur qui a longtemps abrité dans son sous-sol les très populaires événements de la ICW.  À un jet de pierre de la Maison de la culture Maisonneuve qui a fait entrer les galas de lutte dans sa programmation avec un succès boeuf.

Qui plus est, le Théâtre Denise-Pelletier propose presque autant de représentations de scolaires que de dates destinées au grand public. Si bien qu’au lendemain de la première médiatique, nous avons pris le pari de nous immiscer dans une de ces représentations réservées aux étudiants… Oh la la…

L’endroit est plein à craquer. Rempli de jeunes adolescents turbulents, excités à l’idée de voir un spectacle au lieu d’écouter un prof assis sur son steak.

La médiatrice culturelle Paméla Dumont prend la parole et avise le public qu’il est la bienvenue de « crier et hurler pour les personnages que vous aimez, et huer ceux que vous détestez », ce qui « n’est pas la norme au théâtre » précise-t-elle… Ils ne se feront pas prier pour obtempérer! Pendant une heure et quarante minutes, les bons ont semé l’hystérie, alors que les méchants se sont pris un solide chahut !

agamemnontdp2026 hr credmaryseboyce 8473* Photo par Maryse Boyce.

La description ne ment pas. Agamemnon in the Ring est le résultat d’une idée singulière : transposer la guerre de Troie(-Rivières) dans un gala de lutte rock débridé et chanté à pleins poumons par une troupe de douze interprètes athlétiques et déchaînés.

Imaginée par Hilaire St‑Laurent avec Sofia Blondin, l’œuvre fusionne tragédie grecque et codes contemporains de la lutte professionnelle dans une forme théâtrale inclassable où la poésie des textes en alexandrins s’enfargent dans quelques tournures de phrases crissement québécoises. Parce que oui, c’est une tragédie grecque en alexandrins, mais tous les sacres du vocabulaire québécois y passeront. Le public plus jeune qu’à l’habitude ne saisira peut-être pas tous les référents – on devine que les 13-16 ans ne sont pas très familiers avec l’oeuvre de Roch Voisine par exemple – mais l’effet général les saisira.

C’est drôle à dire, mais la forme du texte confère à la pièce à la fois une musicalité et une physicalité qui combinent la brutalité et l’émerveillement d’une manoeuvre de lutte bien chorégraphiée. Pas étonnant que la pièce soit devenue quasi-culte : on a pu lire ces derniers jours des témoignages de spectateurs qui y sont retournés à quelques reprises. Comme un show de lutte, chaque représentation doit être différente, au gré du niveau d’engagement de la foule.  Parce que oui, le spectacle joue aussi de son interaction avec le public : loin d’être de simples spectateurs, les assistantes et assistants deviennent partie prenante de l’action, scandant, huant, riant et participant ainsi à une catharsis collective rarement vue au théâtre.

agamemnontdp2026 web credmaryseboyce 7654* Photo par Maryse Boyce.

Tragédie grecque, vous dites?

L’histoire, simple en apparence, s’avère explosive : Agamemnon, champion et roi de Mycènes, s’apprête à célébrer sa carrière dans un temple de la renommée métaphorique quand deux lutteurs trouble‑fête lui dérobent sa ceinture sacrée, offerte par son frère Ménélas. L’ancien champion enfourche alors une dernière fois le ring pour reconquérir son honneur, tiré autant par l’amour paternel que par un désir viscéral de revanche, une quête qui invite le public à huées et applaudissements, tant la mise en scène transforme la salle en arène mythologique.

Sur scène, la distribution épate : Maude Demers‑Rivard, Frédéric Desager, José Dufour, Joanie Guérin, Marie‑Andrée Lemieux, Nicolas Centeno, Sandrine Lemieux, Pierre‑Antoine Pellerin, Jérémie Poirier, Catherine St‑Martin et Frédérick Tremblay semblent tous avoir été impliquées dans l’univers de la lutte tant ils en reproduisent bien les codes. Leur performance n’est pas seulement un engagement dramatique : c’est un exercice de virtuosité totale, où la diction des alexandrins, les chants opéra‑rock – des tounes quétaines extrêmement efficaces, à écouter ci-bas – et les séquences de combat (très bien) chorégraphiées se répondent dans un flux enivrant.

Sur le plan musical, les compositions de Fred Tremblay, présentes à la fois sur scène et dans l’album original qui prolonge l’expérience apparemment, incarnent cette hybridation : chaque chanson est une poussée d’adrénaline qui fait vibrer autant qu’elle déplace le récit.

Pourtant, ce qui élève véritablement cette production au‑delà d’un divertissement spectaculaire est sa capacité à faire résonner des thèmes universels : la vanité du pouvoir, la quête de sens, l’amour et la vengeance, le tout filtré à travers un prisme populaire. La pièce rappelle que le théâtre peut être à la fois spectaculaire et profond, que la tragédie antique n’a rien perdu de sa pertinence et que les mythes fondateurs, revisités avec audace, peuvent encore parler à nos désirs et à nos peurs contemporaines.

Le retour d’Agamemnon in the Ring au Théâtre Denise‑Pelletier est non seulement une bonne nouvelle pour les amateurs de théâtre, mais une invitation ouverte à tous ceux qui souhaitent vivre une aventure théâtrale intense, drôle, brutale et profondément humaine, un spectacle qui frappe « direct au plexus » comme un coup de la corde à linge!

Détails et billets par ici.

L’album est disponible par ici :

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