crédit photo: Gaëlle Leroyer
Les Vulgaires Machins

Vulgaires Machins à l’Impérial Bell | L’art de vieillir sans jamais s’éteindre

Samedi soir 21 mars, l’Impérial Bell de Québec n’était pas simplement une salle de spectacle ; c’était un condensé de souvenirs, de sueur et de revendications. Pour quiconque a grandi avec les accords abrasifs de la scène punk québécoise des trois dernières décennies, assister à un concert des Vulgaires Machins en 2026 tient du pèlerinage. L’affiche « SOLD-OUT » qui trônait fièrement à l’entrée ne surprenait personne : le groupe, actif depuis 1995, demeure l’une des rares entités capables de mobiliser les foules avec la même urgence qu’à ses débuts, tout en offrant une démarche artistique qui a su s’affiner avec le temps.

Thick Glasses : Une déflagration trop brève

La soirée a débuté sous le signe de l’efficacité brute avec Thick Glasses. Pile à l’heure, les guitares se sont fait entendre dans une salle déjà pleine au bouchon. On s’est fait littéralement assommer par un rock à la fois brut et lancinant, naviguant avec une aisance déconcertante entre des rythmes psychédéliques planants et des assauts hardcore.

Si ce mariage de styles est toujours réussi sur disque, c’est sur scène qu’il prend toute sa valeur. Le groupe était en pleine forme, enchaînant des titres comme ELIZA et Mydriase avec une précision chirurgicale. Le moment fort du set a sans contredit été le final sur Doggo. C’est là que l’énergie a grimpé d’un cran : le mélange de mélodie accrocheuse et de puissance brute a fait vibrer les murs de l’Impérial. Malheureusement, leurs trente minutes de présence nous ont laissé sur notre faim ; c’était beaucoup trop court pour la charge d’énergie qu’ils avaient à partager. Un véritable « bonbon » auditif, certes, mais dont l’arrière-goût nous a laissé espérer une tête d’affiche future dans cette même salle.

Le paradoxe des Vulgaires Machins : Entre piano et chaos

Puis, le moment tant attendu. L’entrée en scène des Vulgaires Machins a de quoi déstabiliser le puriste : une petite ballade au piano, presque fragile, pour amorcer la soirée. Mais dans l’œil de Guillaume Beauregard, on devinait bien que ce calme n’était que le prélude à la tempête. Le groupe ne s’est pas fait prier pour faire exploser le silence avec l’enchaînement de Terminé le funOm mani padme hum et Être un comme, rappelant que si le punk est leur fondation, ils sont aujourd’hui des musiciens accomplis.

Au cœur du spectacle, nous avons eu droit à un segment nostalgique particulièrement savoureux. Un medley regroupant La rue DéragonTrinitrotoluène et une portion de Cocaïnomane, qui a agi comme une véritable machine à remonter le temps. Les racines punk du groupe y étaient flagrantes, brutes, sans artifice. C’est là qu’on a senti toute la hargne des débuts revenir hanter l’Impérial, pour le plus grand plaisir des fans de la première heure.

Mais ce qui est fascinant avec les Vulgaires aujourd’hui, c’est d’observer la transition organique vers leur maturité actuelle. Immédiatement après avoir réveillé le fantôme de leurs racines, le groupe a enchaîné avec Un peu plus fort en version acoustique. C’est dans ces moments plus émotifs et texturés qu’on prend la mesure du chemin parcouru depuis 1995.

Le point culminant de cette évolution réside d’ailleurs dans le travail vocal. J’ai été particulièrement frappé par les moments où la guitariste (Marie-Ève Roy) et la claviériste unissent leurs voix. L’harmonie est sublime, d’une précision chirurgicale, et s’insère avec une justesse incroyable aux rythmes punk plus rapides. C’est cette dualité — la finesse mélodique contre l’urgence du tempo — qui fait désormais la signature du groupe.

Contempler l’abîme : La pertinence renouvelée

Il est impossible de passer sous silence l’impact des chansons tirées de leur dernier opus, Contempler l’abîme, paru en novembre 2025. Sur scène, les nouveaux titres comme L’effondrement qui vient (joué en ouverture du rappel) s’imbriquent parfaitement au répertoire classique comme Compter les corps ou Puits sans fond. On y sent une prise de hauteur, une réflexion plus profonde sur notre société qui part un peu en vrille, sans pour autant perdre la force nécessaire pour porter ces messages. Les chansons de cet album apportent une dimension plus sombre, presque cinématographique, qui vient enrichir le setlist de façon magistrale.

En voyant le public chanter à tue-tête ces nouveaux textes jusqu’au final sur Et même si, on comprend que le lien de confiance entre les Vulgaires Machins et leur audience est intact. Le groupe ne se contente pas de recycler son passé ; il continue de documenter notre présent avec une lucidité désarmante.

Verdict : Un samedi soir de haute voltige

En ressortant de l’Impérial Bell, les oreilles sifflantes et le cœur léger, le constat est sans appel : les Vulgaires Machins sont plus nécessaires que jamais. Ils ont réussi le pari difficile de vieillir sans s’essouffler, de rester engagés sans devenir redondants.

Entre la claque sonore de Thick Glasses et le mélange de hargne et d’émotion des Vulgaires, nous avons vécu un samedi soir qui prouve que le punk n’est pas qu’une affaire de jeunesse, mais une affaire de conviction. Si vous avez la chance de les croiser sur cette tournée, n’hésitez pas : c’est un spectacle qui nourrit autant l’esprit que les tympans.

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