Lemon Bucket Orkestra

Lemon Bucket Orkestra au Grizzly Fuzz | Danser pour la paix, jusqu’à l’épuisement

Il faut du courage pour assurer une première partie devant une foule venue pour un groupe précis. Le 14 mars 2026, au Grizzly Fuzz de Québec, Blamm relève ce défi avec aplomb. En duo sur scène avec un excellent tubiste, elle se déploie à la voix, accompagnée de banjo, guitare ténor, mandoline et cornet. Elle propose des pièces tirées de son premier album ainsi que quelques nouveaux simples d’un album à venir.

Comme souvent dans ces moments-là, le public parle encore, circule, cherche sa place. L’attention n’est pas toujours acquise. Pourtant, Blamm tient le cap avec une détermination admirable. Rien ne trahit l’effort qu’exige cet exercice délicat. Elle livre ses chansons avec une présence solide et une sensibilité qui laissent entrevoir une artiste déjà bien affirmée. Dommage que les oreilles ne soient pas toutes prêtes à ce moment-là : ce qui se passe sur scène mérite clairement plus que le bruit ambiant.

Puis, dès l’entrée de Lemon Bucket Orkestra, l’atmosphère bascule. Huit musiciens envahissent la scène et, en quelques secondes, le « feu » prend. Impossible de rester immobile. Les corps se mettent à bouger presque malgré eux.

Originaire de Toronto, le collectif s’est bâti au fil des années une réputation internationale grâce à ses performances explosives. Leur musique mêle polyphonies d’Europe de l’Est, rythmes balkaniques, énergie punk et influences multiples glanées au fil de leurs tournées à travers le monde. Sur scène, cette fusion devient une expérience immersive où précision musicale et abandon total se rencontrent.

Les musiciens apparaissent vêtus de noir et de blanc, chacun avec son style, formant un ensemble visuellement cohérent. Les chorégraphies, les déplacements, les fausses bousculades : tout participe à une théâtralité jubilatoire. Ça danse, ça saute, ça virevolte. L’énergie est contagieuse. Très vite, la salle entière embarque.

Entre deux morceaux, les interventions du groupe prennent un ton engagé. On parle de paix, on dénonce la guerre menée par les dirigeants, on invite la foule à se libérer de ce qui alourdit les corps et les esprits. Poings levés, le public répond à l’appel. Pendant quelques minutes, la musique devient un exutoire collectif.

Les moments forts s’enchaînent. À un instant, tout le monde se retrouve accroupi, serré les uns contre les autres dans la salle. À un autre, un immense cercle de mosh pit se forme. Les voix, ancrées dans la tradition slave, frappent droit au cœur. Les harmonies robustes donnent l’impression que quelque chose de plus grand se met en marche, une énergie collective qui rappelle que les peuples peuvent aussi exiger la paix.

Au milieu de cette tempête sonore surgit un moment suspendu. Une guitare et un violon tissent un ostinato délicat qui impose soudain le silence dans une foule pourtant déchaînée quelques secondes plus tôt. Puis vient un duel explosif entre la sopilka, flûte traditionnelle ukrainienne, et le violon. La tension remonte d’un cran.

Le groupe aime aussi brouiller les frontières. On passe d’une transe folk à des textures presque techno, ponctuées de guimbarde et même de mégaphone. Les refrains chantés et harmonisés par tout l’ensemble sont francs, puissants, irrésistibles.

Et lorsque l’énergie du public commence légèrement à retomber, le groupe ne laisse rien passer. Interrompant un morceau, l’un des musiciens lance en riant : « Ce n’est pas parce qu’on vous complimente pour votre énergie qu’il faut ralentir ! » La foule redouble immédiatement d’ardeur.

Dans un moment complètement déjanté, le trompettiste se lance dans un solo… en body surfing, porté à bout de bras par la salle entière. Puis, changement de ton. On parle d’amour. De valse. De paix. Tout le monde se trouve un partenaire et la salle entière se met à valser, comme pour tourner le dos à la haine et à l’avidité qui envahissent le monde.

Pour le final, les musiciens quittent la scène et se dispersent dans la foule. Le violoniste grimpe sur un escabeau au milieu du public et entonne un chant pour la paix en Ukraine et ailleurs. L’instant est puissant : on sent dans la salle une énergie collective presque palpable, comme si, unis, les gens pouvaient réellement faire vaciller les puissants.

Et puis, tout se termine de la manière la plus simple qui soit. Les instruments se taisent peu à peu, et le groupe chante acoustiquement, au cœur du public, une chanson traditionnelle ukrainienne vieille de près de mille ans, un chant qui souhaite la paix, la joie, la musique et la santé.

Après une telle déferlante, la salle reste quelques secondes suspendue. Comme si, au milieu de la fête et de la folie, quelque chose d’essentiel venait d’être rappelé.

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